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lundi 14 juillet 2008

Management

Je poursuis ma réflexion autour de mon questionnement existentiel sur le management. Et oui je n'ai toujours pas de réponse à mes questions et en même temps je suis persuadée qu'il n'y a pas de réponse mais plutôt des pistes de réflexion.


Le début de ce cheminement date de mon premier poste, où j'ai vraiment eu l'impression de trop communiquer mon stress à mes collègues, par ailleurs je me trouvais dans la situation de quelqu'un qui débute avec la bonne surprise d'avoir à conduire un projet d'extension avant même que d'être stagiairisée. C'est là que les premières questions ont commencées pour moi : comment motiver une équipe ? Comment manager ? Comment aider chacun à trouver sa place et son rôle ? Comment faire ressortir le meilleur de chacun dans le cadre professionnel ? Rapidement une problématique centrale a émergé pour moi et donc un but : faire que chacun vienne au travail avec la banane et en reparte avec la banane. Pas tant parce que je vis au pays des bisounours, encore que, mais parce que si quelqu'un s'épanouit au travail cela a toutes les chances d'influencer la qualité de son travail et de sa relation au public.



J'ai souvent eu l'occasion de constater qu'une grande partie des problèmes qui se posent en bibliothèques relèvent de ce que je qualifierai de « petits riens » qui sont devenus, par une focalisation, des points de frustration importants. Et il me semble qu'assez souvent il y a moyen de résoudre les crispations ou les problèmes des collègues en résolvant des problématiques relativement simples, mais qui par leur non de résolution sont devenues des sources de grosses crises. S'ajoute à cela le fait qu'il me semble qu'on ne prend pas le temps d'écouter ce que chacun à dire sur un projet ou un problème et qu'au-delà de la frustration que cela génère on assiste surtout à un sentiment de manque de respect et de considération, alors que le plus souvent on a juste voulu aller vite. Par ailleurs il me semble que la prise de parole n'est pas forcément encouragée, soit pour des raisons d'échelle, soit parce qu'un management directif a été fortement encouragé. Enfin dans les cas les plus graves il arrive que les équipes ne sachent pas, ou n'ont pas le sentiment de savoir ce que l'on attend d’elles au quotidien et d'une manière générale, soit parce que des profils de postes n'ont pas été établis en collaboration, soit parce qu'il n'y a pas de management par objectif. Dans ces cas-là on assiste souvent à l'expression de frustrations, de réticences ou de grognements alors que le cadre n'a pas établi des bases saines de collaboration, soit parce que lui-même ignore les techniques de management, soit parce qu'il n'y a pas de management préconisé dans son établissement ou encore parce que la réflexion sur le sujet n'existe pas au sein de l'établissement.



J’ai jusqu'à présent eu la chance de toujours pouvoir décider de mon management avec la confiance de ma hiérarchie, et ce même lorsque d'autres collègues étaient en désaccord avec celui-ci. Je me rends compte de la chance que cela représente, et en même temps je pense sincèrement que si cela n'était pas le cas je me sentirais dans l'obligation de quitter l'affectation en question, car pour moi le management est au cœur de mon métier. Il me semble que lorsqu'on parle de collections, de publics, de services, ou d'équipes c'est toujours d'humains dont on parle. En même temps cette chance que représente la confiance accordée, c'est aussi une lourde responsabilité dans la mesure où effectivement je dois convenir que le management que j'applique au quotidien est assez « hors normes ». Ce n'est pas moi qui le dis, car je n'ai pas le sentiment de faire là quelque chose de si extravagant ou de si surprenant que cela, ce sont les collègues qui me le disent. En quoi le management que je mets en place est-il aussi hors normes qu'on le dit ? Je ne pense pas être la mieux placée pour répondre à cette question. Cependant si je dois y répondre je dirais, au risque de m'attirer les foudres méritées des experts en management, que je mélange à la fois le participatif, la confiance, la prise de parole, le temps consacré à l'autre, les réunions informelles, l'encouragement à la contestation, l'exigence, le manque total de formalisme, la distance, et la prise en compte des différences. Tous ces points ne comportent pas que des avantages ils ont aussi leurs défauts : le participatif c'est parfois aussi un peu le bazar, la confiance peut revenir à faire peser une pression involontairement, la prise de parole fait perdre beaucoup de temps, le temps consacré à l'autre exige un traitement des dossiers plus rapide, les réunions informelles ne favorisent pas toujours une bonne coordination, encourager la contestation revient parfois favoriser les personnalités les plus expressives, l'exigence c’est la pression, l'absence de formalisme c'est encore le bazar, la distance passe parfois pour de l'indifférence et la prise en compte des différences implique de toujours avoir à justifier toutes ces décisions qui sont parfois inéquitables. D'où des questions sur la pertinence de mon management, lesquelles resteront probablement sans réponse.



Il y a bien des outils qui existent, et qui constituent des pistes de réflexion, certains que j’utilise et d’autres pas.




Et puis il y a deux feuilles roses avec une médaille d'aviron, des dessins, et des petits mots, une jolie broche... qui sont autant d'indices sur le ressenti de mes ex-équipes, sont-ils pour autant des pistes à suivre, that’s the question ! Il faudra bien que j’y trouve quelques réponses avant juillet 2009, le temps presse.

lundi 7 juillet 2008

le sud....un dimanche tant qu'on peut encore

Je plante le décor: le Sud donc, un peu comme dans la chanson: le temps arrêté, le soleil qui joue à cache cache, le bon vin et la bonne compagnie avec de la verdure autour. Réunion de collègues, et ex-collègues, futurs ex-collègues et leurs conjoints embringués dans cette troupe de bibliothècaires et autres assistants, ça va causer de quoi ce petit monde à votre avis?



De bibliothèques....oui un peu, moins que d'habitude. De dimanche, d'être ensemble le dimanche tant qu'on peut parce que bientôt "je crois que ça va plus être possible"...et oui bientôt leur petit monde va ouvrir le dimanche alors on en cause, parce que dans cette fine troupe y'a les pour et y'a les contre (et puis surtout y'a les pauvres moitiés embringués dans cette affaire et qui aimeraient bien qu'on cause musique, film, politique, développement durable et retour à la nature, pardon messieurs).


Les pour avancent: l'exemple de nos voisins les musées, les carences de collègues de BU (et puis d'ailleurs on n'a qu'a satisfaire leur public après tout s'ils ne veulent pas se donner les moyens de faire que les étudiants puissent bosser le week-end et le soir et pendant les vacances, ou qu'on les leur donne pas aussi), la demande du public qui est petite mais réelle, le service public, le fait que la culture c'est fait pour être accessible quand les gens sont dispos et pas quand ça nous arrange, le fait que s'il y a roulement cela représente un tout petit effort qui flingue pas la vie de famille, qu'on se fout de savoir si l'employeur mérite ou pas qu'on se casse la tête pour lui, que non l'employeur n'a pas à prendre en compte le fait que c'est pas possible de faire garder les enfants, il peut mais c'est pas obligé, le fait que ce sera tellement chouette d'avoir de nouveaux usagers, le fait que ce sera un petit mieux salarial pour ceux qui en ont besoin, etc....


Les contres répondent: que c'est une question de principe (les grand-parents ont lutté durement pour obtenir des droits auxquels on renoncerait volontiers?!), que l'esclavage a été aboli (non là j'exagère), que les musées c'est une chose mais nous ont fait aussi des nocturnes, qu'on n'a pas à pallier les carences des BU (et puis quoi encore!), que le public ça sera le même: celui qui vient lire la presse tous les jours parce qu'il a le temps (retraités), que seuls les commerçants pourraient être intéressés mais qu'ils viennent à la nocturne, que ça fout en l'air la vie de famille, que franchement faudrait que l'employeur le mérite, que qui gardera les gosses et si au moins on leur proposait un système, que le mieux salarial est minime, et puis que non c'est dit on veut pas on viendra pas!



Dans le lointain une petite voix s'élève, invitée à donner son avis en tant que grand chef sioux de la filière administrative, et la petite voix dit qu'elle "ne sait pas trop, que peut être c'est bien quand même de garder cette temporalité autre qu'est le dimanche dans la vie des gens"...



En attendant on a passé le dimanche à parler du dimanche (peu ou proue même si on a effleuré les abeilles, Metallica, le développement durable, les chataîgniers, les déménagements, et les bibliothèques). Et puis on a oublié de se dire qu'on s'aimait, que c'était bien quand on pouvait être tous ensemble et qu'on pourra plus parce que les ex-collègues ne seront peut être plus jamais des collègues et qu'ils seront plus ou moins loin, et qu'en plus faudra bosser le dimanche, alors je vous le dis moi: "j'aime pas le dimanche travaillé, même si je suis pour..."


Et le "Sud" cède la place à "je hais les dimanches".



PS: En tous cas c'était le dernier dimanche tous ensemble et on en a encore profité pour refaire le monde des bibliothèques au lieu de savourer simplement le fait d'être là tous ensemble en vie, heureux et en bonne compagnie.

mardi 1 juillet 2008

Musique

J'ai assisté, dans le cadre des rencontres territoriales de la culture, à un atelier concernant les relations entre la musique et l'économie. L'intitulé exact était : « l'économie de la musique aujourd'hui : quels acteurs ? », avec pour participants : Gilles Castagnac, directeur du centre d'information et de ressources spécialisées pour les musiques actuelles; Patricia Coler, coordinatrice pour l'union fédérale d'intervention des structures culturelles; Laurent Roturier, directeur général adjoint aux affaires culturelles à la communauté d'agglomération d'Annecy, et Thierry Danet, responsable de la laiterie à Strasbourg. Solidarité territoriale oblige je porte à votre attention que cet atelier a été mis en place et animé par deux camarades de promo : Alexandre et Tristan, vive les territoriaux !


L'intervention de Gilles Castagnac a permis de préciser les modèles économiques de la musique, laquelle est en mutation, tout en précisant que ces modèles, eux-mêmes en mutation, dépassaient largement le simple cadre de la musique et marquent l'entrée dans le champ culturel de la société d'information. Il relève quatre tendances principales :

le modèle du flux avec la prédominance de l’aval sur l'amont (la promotion sur la création),

le modèle imposé par les nouveaux opérateurs dominants qui est à la fois plus innovant et plus formatant et par ailleurs concentré sur les outils technologiques que ces opérateurs développent,

le modèle de la convergence qui est un peu similaire au modèle de la gratuité et qui, à terme, affirme économiquement que tout ce qui peut être copié ne sera plus acheté,

et enfin un modèle de développement de nouvelles formes d'échanges via les réseaux sociaux et la recommandation.

Ces quatre modèles pèsent sur l'économie de la musique que ce soit au niveau global comme au niveau local.


Par ailleurs il a précisé la spécificité des musiques dites actuelles, qui sont les premières à connaître cette mutation économique, en raison de leur spécificité numérique, ce qui fait qu'elles sont incluses dans le marché mais que c'est aussi le marché qui les produit (le rock et le 45 tours sont étroitement liés). Ces musiques actuelles sont situées dans le domaine de l'entreprendre et du projet, et les groupes sont des marques, dont la promotion et la carrière sont gérées par des managers. Il a par ailleurs développé une longue explication sur la relation entre les pratiques amateurs et le dépassement actuel du clivage amateur-professionnel dans le contexte des musiques actuelles, mais également de l'industrie culturelle.


Enfin il a longuement développé le déroulement et les conclusions de la concertation nationale pour le développement territorial des musiques actuelles, qui a réuni tous les acteurs de ce secteur (privé et public, locaux et nationaux) en 2005. Montrant comment cette concertation pointait la spécificité économique des musiques actuelles et un principe sous-jacent, à savoir que les modèles habituels de politique culturelle ne sont pas adaptés à ce domaine. Cette concertation a posé comme base le principe de co-construction des politiques publiques à travers un dialogue entre tous les acteurs. Cette concertation traduit une volonté consensuelle et un comportement rénovateur de l'action publique, à travers l'abandon de la compensation au profit de la rénovation et de l'invention de nouvelles formes d'intervention. Il enfin montré trois formes de relations étroites entre économie et musique faisant intervenir différents acteurs : le soutien de certaines régions à la musique enregistrée et aux entreprises de musique qui mettent en place des plates-formes numériques; le soutien à une association qui permet aux jeunes entrepreneurs de la musique de trouver des locaux à travers des loyers modérés insérés dans un quartier en déprise, ce qui a permis à ce quartier de se trouver revivifié par cette implantation; et enfin l'intégration du soutien aux musiques actuelles dans l'évaluation de certaines politiques territoriales, afin de bénéficier d'aides.






Laurent Roturier a choisi de mettre en valeur la notion de partage de la richesse à travers les relations entre l'économie et la musique du point de vue territorial. Il a commencé par rappeler que l'économiste Keynes écrivait qu'en 2030 ou 2040 le problème économique serait résolu et que l'on pourrait s'adonner à la culture, soulignant qu'il nous restait encore quelques années pour agir ;-)).

Soulignant que nous sommes dans un monde d'économie ouverte, c'est-à-dire de concurrence, y compris pour les territoires et les collectivités, et jusque dans le domaine de la culture, il précise que l'analyse des retombées économiques de la musique est difficile, et souvent réduit à l'angle des entreprises culturelles. Il plaide pour que soit assumée la dimension économique de la culture et souligne que la convention de l'Unesco concernant la culture rappelle le lien entre culture et développement dans son article deux qui en souligne la complémentarité. Il rappelle par ailleurs la fracture entre culture populaire, ayant une forte valeur économique, et la culture savante qui a une valeur économique moins forte. Il souligne l'hésitation entre coopération et compétition comme tend à le faire penser la lecture du règlement de candidature des collectivités pour devenir capital européenne de la culture. La co-construction est le modèle historique récent du développement de la culture.

Les agglomérations ont la compétence de développement économique et doivent donc être des acteurs structurants dans ce domaine, par ailleurs les collectivités territoriales sont les premiers financeurs de la culture avec 5 milliards d'euros, pour mémoire le Ministère de la Culture y consacre moins de 3 milliards d'euros. Les SMACS sont à ce carrefour de la complexité politique, technique, et financière du secteur musical, mais sont en même temps les lieux les plus ouverts en termes d'accès, d'enjeu social et de relations économiques.




Patricia Coler souligne la réflexion collective sur l'économie qu'il a lieu dans cette union interprofessionnelle de la culture (UFISC....sans commentaire!), qui se donne pour mission d'observer, de réfléchir et de construire des réponses. Cette union s'engage dans la diversité culturelle en proposant un autre modèle que celui de la dualité marché-politique publique, pour un modèle avec trois participants qui aboutiraient à une économie d'initiative privée non lucrative sociale et solidaire. Cette réflexion a débutée avec la notion de fiscalité, notamment concernant les musiques actuelles longtemps considérées comme des entreprises non lucratives, ce qui a été remis en cause à travers l'imposition de la TVA, mais aussi sur ce qui fait la différence avec un secteur concurrentiel. L’ UFISC réfléchit notamment à l'implication des acteurs du monde associatif mais aussi sur l'inscription dans un développement local et durable, ou encore sur la spécificité des pratiques innovantes et de développement mais aussi des valeurs d'autonomie, de diversité et de solidarité de ce secteur. Il s'agit, en lien avec des chercheurs, d'aboutir à la production d'un manifeste pour une autre économie de l'art et de la culture : une économie plurielle avec des financements hybrides et des échanges non monétaires, une économie dont les valeurs seraient axées sur son mode de gouvernance, le rôle central de la personne, la coopération, la proximité et l'innovation.




Thierry Danet a partagée son expérience à la laiterie, créée en 1994 par la ville de Stasbourg, cette scène a un mode de fonctionnement particulier : la ville a recherché un opérateur associatif, à travers un cahier des charges, pour une mise à disposition de l'outil sans subventions. À travers une première association le projet a été pris, avec initialement l'ide d'obtenir malgré tout des subventions, une deuxième association a été mise en œuvre afin d'assurer deux festivals associés. Le but était d'obtenir une inscription du projet dans la durée, ce qui est le cas, et surtout le mode de fonctionnement de la structure ne repose que pour 30 % sur des financements publics (si ça c'est pas un exploit je veux bien qu'on me dise ce que c'est!). Il redoute le désengagement de l'État et souligne le fait que les acteurs de tels projets sont au cœur des politiques culturelles sans forcément en avoir conscience et qu'il y a une difficulté à intégrer ces dimensions partenariales et économiques inscrites dans le temps, alors que le marché les intègre.




Bref un atelier passionnant! Dont le compte rendu détaillé sera bientôt en ligne sur le site de l'INET, comme celui de l'année précédente, avec tous les autres ateliers. Je ne voudrais pas donner dans le "chauvinisme" mais la territoriale a vraiment l'art de mettre en œuvre des formations ou des rencontres passionnantes...c'est la "petite fonction publique qui n'a pas fini de monter".

lundi 23 juin 2008

mon espace de travail

J'ai été invitée à produire une image de mon espace de travail (sans rangement préalable), heureusement j'en avais des photos récentes puisqu'aujourd'hui y'a un tableau géant en cours de peinture (hé oui un peu de temps libre et les pinceaux me démangent).



En même temps cet espace de travail n'est pas mon bureau au travail puisque je n'ai plus de travail au sens propre (pour ceux qui n'auraient pas suivis les épisodes précédents j'expie mes péchés en formation, pour devenir un gentil petit conservateur dans une nouvelle incarnation, de mon vivant de préférence!). Les amateurs reconnaîtrons un sac et des boîtes à l'enseigne de mon dealer de macarons, et mon goût pour le fuschia qui se retrouve dans mes espaces de travail pro (on m'a même dit une fois que ma petite lampe rose diffuse une lumière intime, qui fait un peu "bordel"), le stylo rigolo cadeau d'une collègue et la boule de noël cadeau d'une autre. Manquent les posters des devises Shadocks et mon éternelle tasse de thé géante pour le thé ou le cappuccino.


Il y a par contre des livres sur les bibliothèques du futur, le seul DVD de film que je possède: "the pillow book" de Peter Greenaway et de quoi se faire livrer des sushis....et puis des fils de partout et le casque dont je me sers pour dicter au lieu de taper (quelle bénédiction que ce logiciel) et apprendre le hollandais....et enfin dans un coin le dessin de mon prochain tatouage.


Et voilà Mamzelle Desperate

mardi 6 mai 2008

des amis qui nous veulent du bien...si, si, ne fuyez pas!

Hier a été une après midi bénie des dieux de la bibliothéconomie...si, si, je vous l'assure, en tous cas pour moi, vous je ne sais pas je n'étais pas avec vous!


Hier donc dans un amphi rempli d'élèves 'cons deux amis qui nous veulent du bien sont venus nous rendre visite et j'ai ENFIN pu rencontrer "pour de vrai" Erik et Jaap!

Leurs prénoms ne vous disent rien? allez vous avez sans doute entendu parler du sanachie tour, non ce n'est pas un gros mot!, ou mieux de la DOK!


Erik et Jaap sont les représentants de ce merveilleux OVNI bibliothéconomique à qui j'ai décidé d'offrir mon cœur (ben oui mon corps je l'ai donné à la science;-)) et mon cerveau c'est 3615 qui n'en veut!)

Erik et Jaap étaient donc venus nous transmettre leur expérience des "best practises in libraries in America", bref le must pro des bibliothèques de l'ouest, à travers la diffusion de leurs vidéos. Lesquelles je vous rassure sont accessibles , pour ceux qui n'ont pas connu mon bonheur.



Par ailleurs ils venaient chercher des infos et idées, bien de chez nous, lesquelles n'ont pas fusé tant que cela dans l'amphi pour deux raisons majeures: nos réponses étaient filmées et elles se faisaient dans la langue de Shakespeare...

Bien sûr nous avons eu droit à une brève présentation du concept de la DOK, à cheval entre une enseigne suédoise bien connue et les bibliothèques, mais grosso modo pour eux tous les médiums permettant de raconter une histoire sont à présenter en bibliothèque (donc les jeux!!!).



Par ailleurs ils ont une petite philosophie qui n'est pas pour me laisser indifférente, pour ne pas dire que je signe des deux mains!, à savoir: "les bibliothèques sont (pour l'essentiel) sur comment ne pas s'amuser, la vie est sur comment s'amuser encore plus que vous ne pouvez vous l'imaginer et cela commence à la bibliothèque!".

Si l'on s'arrête sur les détails superficiels, mais le sont ils tant que cela?, on admire la beauté des locaux et du mobilier, la modernité et la convivialité de l'ensemble, le café en accès libre, les étagères mobiles et la moquette zèbre. Outre que ces aspects apparemment futiles participent de ce sentiment de convivialité de la structure. Outre que cela confère un sentiment d'accessibilité des lieux et de "non prise de tête", cela va bien au delà. Il s'agit de donner à nos usagers le sentiment d'être dans un beau lieu, pas impressionnant, où ils peuvent se sentir comme chez eux et se l'approprier.

Au delà il faut admirer le fait qu'il y est interdit de dire "chut", bénis soient ils!, que les jeux sont des médiums non exceptionnels. Que la musique s'y télécharge sur son portable ou tout autre objet bluetooth, que les fauteuils ont pour bras armés des ordis à pommes (vous savez ces machins qui rentrent même dans des enveloppes). Que les jeux sont répartis dans les espaces, qu'on y crée de la musique, des jeux vidéo, qu'on peut s'y faire raconter sa vie....et je pourrais continuer encore longtemps comme cela!


Il faut aussi y admirer la conception de 'thécaires comme des entertainers de la culture, sans pour autant se départir du sérieux des contenus, la positive attitude (le premier qui chante qui vous savez, je lui balance du "hell bells" plein pot!). L'humilité et la volonté d'essayer ainsi que le coté sexy de la structure. Ils essayent et n'ont pas peur de se tromper et de le reconnaître. Surtout ils explorent le monde pour y découvrir des idées nouvelles qu'ils reconnaissent ne pas avoir eues, à suivre prochainement la suite de leurs aventures. Et ils savent qu'être sexy contribue à rendre une structure attractive...enfin ils sont au service du public dans le sens le plus complet que peut revêtir ce terme, et à un point dont nous n'avons encore qu'une bien pâle idée.


Je réitère ma déclaration d'amour: si la DOK veut de moi je quitte amours, amis, famille et patrie! Mais surtout j'ai pris un rencard avec ces OVNIS vivants parce que dans ma wish list, si demain j'apprends que je dois mourir, je veux pas mourir sans avoir vue la DOK avant...après on verra!


D'ici là: DOK je t'aime, DOK merci d'exister, de me faire fantasmer et de me redonner le sourire!

mercredi 2 avril 2008

Dommage...et puis tant mieux!

Dommage que cela n'ait été qu'un poisson d'avril, dommage que pour contourner la méfiance des uns et des autres cela ait été fait en mars et pas le 1er avril comme le veut la tradition (et oui tout le monde se méfie le 1er avril mais c'est aussi là qu'on se dit "à vaincre sans péril on triomphe sans gloire")...dommage quoi!


Contrairement à ce qui avait été annoncé point d'amendes réglées à grand coups de Wii, un banal et un peu périmé poisson de mars, accompagné d'excuses.


Mais après coup je me dis tant mieux cela n'a pas encore été fait et cela sera donc à qui le fera le premier, pour de vrai...lui. Tant mieux que le débat ait vu le jour, et tant mieux qu'on ait pu rêver un peu à des collègues à l'esprit vachement novateur. Même si je suis aussi triste d'avoir été bernée, triste pour les étudiants d'Angers que je m'étais prise à envier, et triste pour nous, les thécaires, qui n'avions pas mis cette idée en pratique.


Ce canular, (qui finalement a fait rire qui, en dehors de ses auteurs lesquels ne semblent pas en avoir tant ri que cela), laisse une porte ouverte, qui sera le premier à se servir de la Wii pour montrer ce que sont au fond les bibliothèques: des lieux peuplés de gens normaux qui partagent avec le public et une culture réjouissante, et l'appartenance à un monde qui vit avec son temps et le sens du relationnel et le goût du contact?


Et je regrette de ne plus être directrice...j'ai l'enssib triste aujourd'hui!

samedi 15 mars 2008

de retour des biblioblogades

voilà c'est fini (il me semble que quelqu'un a déjà chanté cela?!), dommage comme toutes les choses bien (les macarons L....bon à la demande générale j'arrête là avec mon obsession!) ça a été trop court, sniff....

La soirée a été riche de discussions bibliothéconomiques mais aussi techniques, humoristiques, grivoises, déploratives et optimistes, mais surtout riches de révélations!

Eh oui, on se connaît par les écrits qui arrivent sur mes petits fils RSS (les dieux bénissent l'inventeur de ces petites choses addictives, il a toute ma reconnaissance), parfois même on en a croisé un ou deux, on les a eu au bout du fil mais là....c'est la découverte!

Que de révélations! Le scoop de la soirée c'est bien sûr l'identité de couv. ill. en coul., mais on a prêté serment sur les 8 volumes de RAMEAU, non n'exagérons rien, mais globalement on tiens tous à conserver nos identités si ce n'est secrètes au moins discrètes.

Donc techniquement nous avons bavé d'envie sur le eepc de Desperate librarian Housewife et la douchette magique du bibliobsédé (non ce n'est pas le passage grivois), coté humour je sais maintenant qu'il ne faut plus que je parle de taux de pénétration parmi nos usagers auprès d'un discothécaire que je ne citerais pas (un jour peut être je me déciderais à adopter un langage châtié...pourquoi pas le jour de ma mort, tiens! ça me paraît une bonne date pour changer radicalement d'habitudes!). Nous avons déploré l'immobilisme, le manque d'innovation et de créativité de nos univers professionnels et célébré avec optimisme les innovations qui nous donnent de l'espoir et mettent du baume sur nos petits cœurs.

Vivement d'autres biblioblogades (cette fois je n'oublie pas de prendre une pochette de vinyl d'Alice Cooper parce que si dans mon entourage on apprend que je me cache derrière Isabelle Aubret ma réputation est foutue) et vivement la course en chariot et les parties de Wii (enfin ça, entre autres choses, je vous en cause demain...).

Bib en folie

PS:
Ah oui on a pas parlé tatouages mais manifestement ça continue de faire jazzer, donc pour rajouter un peu d'huile sur le feu un troisième est planifié (ma mère qui lit ce blog va donc un peu plus s'arracher les cheveux) et pire même: dans l'amphi je ne suis pas la seule à être tatouée... les cons' ne sont plus ce qu'ils étaient ma bonne dame!

lundi 10 mars 2008

jolis, propres et mimi

Après un coup de gueule qui n'avait rien à voir avec les bibliothèques, voilà une déclaration d'amour qui a tout à voir avec les bibliothèques: j'aime les cactus!

Je les aime pleins de piquants, de mauvais poils, je les aime revêches, récalcitrants, contestataires et casse-bonbons...maso vous allez me dire! Que neni!

Tout au contraire, je suis anti-maso, je m'aime plutôt bien et prends bien soin de moi et surtout je ne prends mon plaisir qu'avec des choses généralement considérées comme agréables (genre un latte cannelle de chez starbuck ou des macarons de chez Ladurée;-)))), donc pas maso. Ceci ayant été établi pourquoi cet amour des cactus?

Parce que sous ses piquants (franc parler, contestation, remise en question, coup de gueule et autre tactique pour empêcher de tourner en rond) le cactus est tout en fleur (pas de critiques sournoises et dans le dos, questionnement professionnel, aide à la remise en question des acquis, bref tout sauf le ronron quotidien d'un demi sommeil). Les cactus sont enrichissants, stimulants, surprenants, ils contribuent à ne pas s'encroûter, à faire évoluer la pensée, à ne pas s'en tenir à ce qui est acquis, à sortir le nez du guidon.

Malheureusement pour eux les cactus passent souvent juste pour des êtres revêches, des aigris, "carrément méchants jamais contents" à la Souchon, ils sont mis à l'écart, à l'index.

Alors voilà aujourd'hui je leur adresse cette déclaration d'amour: cactus je vous aime!

Mieux je vous aime casse-pieds, poil à gratter, franchement emmerdeurs, contestataires, toujours en quête de révolution, exigeants, empêcheurs de ronronner pépère, revêches, gueulants, pas d'accord et argumentant pendant des heures...changez rien c'est comme ça que je vous aime. Mieux même j'en redemande, de pleines équipes de cactus, de nuées de cactus!

Enfin je pense surtout à un bien joli cactus, que j'ai dû abandonner à regrets, si elle me lit elle se reconnaîtra...merci le cactus pour tout ce que vous m'avez apporté en me cassant les pieds, je vous en serais toujours gré.

jeudi 6 mars 2008

Affreux, sales et méchants

Rien à voir avec les bibliothèques mais je suis vénère, je viens d'apprendre grâce à Red is dead que je suis affreuse, sale et méchante, selon l'Académie de Médecine.

En effet je suis au choix:
- mal intégrée socialement (c'est vrai être fonctionnaire c'est un signe de perversion sociale extrême!)
- dans de mauvaises conditions de vie (hep! le Ministre il faut améliorer mes conditions de vie, revoyez donc la valeur de l'indice!)
- précoce sexuellement (il était temps qu'on me le dise à l'âge que j'ai)
- avec de multiples partenaires (tant qu'à y être autant cumuler les méfaits!!!)
- homosexuelle (bravo les homos seront ravis de savoir qu'ils sont de mauvais sujets!)
- droguée (désolée de vous apprendre que je n'ai jamais même essayé de fumer de l'herbe alors le reste!!!)
- alcoolique (un verre d'excellent Bourgogne une fois par mois oui effectivement c'est hyper répréhensible!)
- membre d'un gang (celui des thécaires ça compte? Ou alors des cons'?)
- et pour finir j'ai de mauvaises habitudes alimentaires (oui c'est vrai j'adore les sushis et les macarons de chez Ladurée!!!)

Vous allez me demander ce que j'ai fait pour mériter tous ces qualificatifs gracieux?

Suspens et roulements de tambours....ça n'en mérite pas moins, tout de même!


Je suis tatouée, et récidiviste...à y être autant persister et signer dans ma vilainie!

J'entends déjà les murmures de déception...c'est tout!

Voilà mon péché mortel, ma très grande faute si l'on en crois ces brillants intellectuels (8 années d'études si je me souviens bien), qui statuant sur les conditions d'hygiène (ce qu'ils sont fondés à faire et les mieux placés pour le faire) des tatouages et piercing en ont profité pour dresser une typologie des publics concernés dans un rapport dont je reprends une partie:


« états : perception négative des conditions de vie, mauvaise intégration sociale, souci d'amélioration de l'image de soi, précocité des rapports sexuels avec grand nombre de partenaires, homosexualité, usage de drogues et consommation d'alcool, activités illicites et appartenance à un « gang », mauvaises habitudes alimentaires. »


Voilà en bon sujet bibliothéconomique je suis cataloguée, vous me trouverez désormais sous la vedette "affreuse--sale--méchante", faut juste que je demande à la BNF de me la créer...et que je prévienne nos collègues que eux aussi sont affreux, sales et méchants!

mardi 4 mars 2008

Tranches de vie : le célèbre pianiste

La petite dame s’avance et demande timidement un disque d’un célèbre pianiste dont le nom a un c ou un k, elle ne se souvient plus très bien. Le collègue, pianiste lui-même de son état parallèle à celui de professionnel du disque, se lance dans une recherche mentale rapide, j’assiste à la scène décidant qu’il n’est jamais trop tard pour s’instruire et découvrir autre chose qu’Alice Cooper. Le collègue commence à citer des noms :

- Ciccolini ?

- non

- Kissing ?

- non

- Katsaris ?

- non

- Sokolov ?

- non

- Casadesus ?

- non

Je vous passe la longue énumération, disons qu’au bout de 5mn le collègue est un peu à court de noms à soumettre à la gentille petite dame, qui tout d’un coup se souviens :

- ah oui Clayderman c’est cela Clayderman ! vous avez ?....

lundi 3 mars 2008

biblioblogades

Olympiades du blog? De la lecture? Blog olympique ? Ou franches rigolades?

Presque un peu de tout cela! Lancée le 18 janvier dernier par Liber libri l'idée consiste à réunir de façon libre les blogeurs du monde biblio pour une séance de papote....reste à savoir sur quoi va porter la papote, voyons un effort d'imagination des thécaires et des cons' technophiles....

Je donne ma langue au chat (au fait sera-t-il là le chat?)...

Pour le savoir rendez-vous le14 mars 19h au Baz'art café, métro Bastille...présentation du dernier post exigé ;-)))

Signe de reconnaissance un badge réalisé par la fille de Desperate Librarian Housewife...avec photo à l'appui (photo de quoi à vous de choisir!)

Vivement le 14!!!

lundi 25 février 2008

Bilan annuel quand tu nous tiens

Bien que partie de ma collectivité, voir les épisodes précédents, je m’acharne à remplir le bilan annuel de mes ex-services, (oui je sais il faut vraiment que je consulte et non ça ne se soigne toujours pas). Bon pour deux d’entre eux le bilan est facile, le livre se maintient cahin-caha, les gros caractères et les textes enregistrés progressent (bienvenue aux baby boomers dans le monde de la presbytie !), les Cdroms sont toujours demandés et le succès de la cuisine, du jardinage et des régimes sera toujours florissant, par ailleurs les livres de médecine continuent à être parcourus par des lecteurs pleins d’espoir (décidément je suis d’humeur cynique aujourd’hui) Pour finir je remercie les BU de mon agglo de rester fermées le samedi, le confort de leurs agents fait le remplissage de nos salles de lecture et le bonheur de mes collègues (à lire au 150ème degré) devant des recherches parfois un peu complexes (oui l'attaque est facile me répondrons les collègues de BU on n'a qu'à montrer l'exemple en ouvrant le dimanche en BM, et ils n'auront pas tort).

On arrive à la musique et là les choses sont moins brillantes, bien sûr la baisse continue, sans s’accentuer elle persiste quand même. Donc je remplis mes statistiques, le cœur en berne, et je ramène cela aux pertinents et tombant à point nommé, chiffres fournis par l’observatoire de la Cité de la musique sur la baisse des ventes de CD en France qui me permettent de relativiser notre baisse.

Oh pas franchement fière d’avoir à utiliser ce biais pour relativiser ce qui est de l’ordre de l’inenrayable, au moins apparemment. Je rame, intellectuellement s’entend, pour trouver des arguments pour maintenir des budgets honorables (réduire ne résoudra rien), maintenir des postes (des fois qu’on en viendrait à considérer que moins de prêts implique moins de personnel ou du personnel à redéployer ailleurs) bref essayer de faire que l’équipe en question puisse avoir des armes pour lutter. Quand tout d’un coup ça percute dans ma petite tête : mais oui nous avons fait des prêts virtuels, qui ne sont pas comptabilisés par notre SIGB [pas bien aimé du tout en tous cas pas par moi qui ai un avantage annoncé sur lui c’est que je devrais voir sa mort, alors que si tout va bien lui ne connaîtra pas la mienne !(je me porte pas la poisse en écrivant cela ?)]. En effet leurs gestions est indépendante de lui (le SIGB !), donc après consultation des statistiques de ces consultations/streaming/téléchargements (le fournisseur ne distingue pas les uns des autres dommage !) la baisse est moins pire, ouf….qu’est ce qu’il ne faut pas faire pour sauver la face.

Et là j’ai une brève minute d’autosatisfaction quand je pense à mes collègues musicaux sceptiques devant ce service mis en place, désintéressés par son fonctionnement, et qui lui doivent de ne pas avoir un bilan complètement déprimant , du genre qui vous donne envie d’éteindre la lumière et de ne pas revenir demain…

….ce serait dommage, non ? Parce qu’au fond le concept de bibliothèque c’est plutôt une chouette idée ! Hein ?

samedi 23 février 2008

Tranches de vie : V’là l’printemps


Ils sont jeunes et beaux et ils sont amoureux…mais surtout ils sont dans nos murs et ça sent le printemps. Un fauteuil accueillant prévu pour un humain unique en abrite deux de sexes différents mais apparemment pas si opposés que cela. Les bouches se frôlent, se rencontrent et se happent goulument, mais bon c’est l’amour, donc je suis d’humeur tolérante et les souvenirs (pas si lointains ?) de mon adolescence remontent à la surface, difficile de se trouver un peu d’intimité et difficile aussi de dompter les poussées hormonales, tout ceci m’invite à la clémence.

Tout d’un coup une main s’égaye puis disparaît…bon mon indulgence a des limites et nous y sommes !

Je prends mon air d’adulte revêche, à faire peur autant avoir vraiment l’air d’un croquemitaine, et je m’avance vers eux réclamant un peu de « correction et de décence », après tout nous sommes dans un lieu public.

La situation se redresse, les bouches s’éloignent, les mains refont surface, et l’embellie dure au moins deux bonnes minutes !

De nouveau les bouches entrent en contact étroit, les mains s’égayent dans une ronde poétique et amoureuse, et de nouveau une d’entre elles vient à manquer à l’appel…

De nouveau je prends mon air de croquemitaine accompagné de l’œil qui tue et je les chasse du fauteuil accueillant, à regrets…après tout c’est le printemps !

lundi 18 février 2008

Tranches de vie : les pages économiques du Figaro,siouplaît m’dame

Je plante le décor : une petite bibliothèque en ZUS, en plein cœur de la ZUS, avec parfois un public primo arrivant, parfois en cours d’alphabétisation, et en tous cas censé être « difficile », comme on dit pudiquement, mais qui de fait ne l’est pas en la circonstance. Il a environ huit-dix ans, il est manifestement pas BBR (lire Bleu Blanc Rouge comme dans certaines annonces pour des emplois) mais plutôt un superbe exemple de ce que la mixité a de bon et beau, et s’active l’air perdu au niveau des périodiques. Comme il n’a pas l’air de trouver ce qu’il cherche au bout de deux minutes je viens à son secours :

- "tu cherches quelque chose de précis?"

- "Oui, les pages économiques du Figaro, tu les as soiuplaît m’dame"

- "…. ? (instant de nette perplexité) ce sont les pages économiques du Figaro que tu cherches, elles sont là, tu cherches quelque chose de particulier ? un article ?"

- "Non juste les pages économiques du Figaro, je veux les lire."

- "Tu sais les pages économiques du Figaro c’est pas forcément super facile à lire donc si tu as un petit souci pour comprendre un mot ou une phrase n’hésites pas à venir me demander, OK ?"

- "D’accord merci m’dame"

Il n’est jamais venu me demander d’explication ou d’aide tout au long de sa lecture scrupuleuse des pages économiques du Figaro, moi je suis sûre qu’il m’aurait fallu un dictionnaire tôt ou tard pour comprendre une paire d’articles…il va falloir que je révise mes préjugés ou mieux que je m’en débarrasse au plus vite, d’autant que moi aussi je viens de la ZUS.

jeudi 14 février 2008

Tranches de vie : le poète partageur

C’était un poète du genre triste, avec des grandes déclarations sombres sur "l'infidélité du chien", "l'acharnement de la destinée", la mort toujours trop proche, le dédain des femmes et 1 000 autres tragédies dénichées là où lui seul savait les trouver.

Il venait parfois animer des soirées et des rencontres de poésie, si jamais ce soir-là vous étiez d'humeur dépressive le lendemain on aurait sûrement retrouvé votre corps sans vie abandonné en quelque lieu caché et battu par les vents.

Il avait sans doute de bonnes raisons d'être aussi triste, au chômage [hé oui personne n'embauche plus de poète de nos jours! chose des plus regrettable et qui contribue sans nul doute à l'extinction de la race, car s'il faut en plus de la vocation et du talent (ce qui fait déjà deux conditions difficiles à remplir) une rente confortable cela complique le recrutement], marié à une petite femme gentille mais sans piquant, des enfants dont la vie semblait être un long fleuve tranquille, bref une petite vie bien rangée, avec somme toute suffisamment de difficultés pour ne pas la rendre joyeuse mais pas assez pour lui donner l'envie de quitter cette "vallée de larmes".

Comme c'est plutôt quelqu'un de gentil, et qu'il faisait peine à tout le monde, l'équipe l'avait pris en sympathie, on le recevait avec des petites attentions, on prenait régulièrement de ses nouvelles, on achetait pour lui des recueils de poésie qui ne sortiraient jamais, on notait scrupuleusement tout ce qui aurait pu l’intéresser, lui servir à faire reconnaître son œuvre. Il était devenu de plus en plus familier, jusqu'au jour où postée seule dans la petite salle du haut je reçus ses avances.

Comme je suis un peu vieille France et que pour moi mariage rime encore avec fidélité (sauf si un accord préalable entre les deux parties avait convenu du contraire) je lui rappelais gentiment que sa femme était une personne bien sympathique. Il m'avait alors répondu que ça ne lui poserait pas de problème. Prise de panique et ne sachant pas comment me débarrasser de l'importun, malingre et peu séduisant, j'invoquais alors mon rugbyman de mari, pas du tout prêteur, et me félicitais d'avoir eu la bonne idée de porter une jolie bague à mon annulaire gauche.

lundi 11 février 2008

Tranches de vie : le pervers polymorphe

Il est toujours vêtu d'un jogging, et de basket. Il sévit à diverses heures de la journée, et divers jours de la semaine, ce qui fait qu'on ne sait jamais quand il va frapper. Il commence par aller dans la salle d'actualités, après avoir feuilleté quelques pages du quotidien régional local, il commence son étrange danse.

Il se faufile jusqu'aux toilettes en rasant les murs, fait mine de s'y activer et de faire ce qu'il a à faire, en ressort la tête pour observer fixement la collègue postée en service public. Il rentre furtivement la tête dès qu’elle hausse le regard vers lui. Quelques instants plus tard son bout du nez se re-pointe dépassant légèrement du montant de la porte. De nouveau la collègue se sentant observée lève les yeux vers lui, il rengaine sa tête dans les toilettes.

Le petit jeu peut durer fort longtemps, de l'ordre des 5 minutes jusqu'au quart d'heure facilement, jusqu'à qu'une collègue avec un air plus sévère et une mine revêche passe par là et l'observe sévèrement, lui signifiant par là que le petit jeu doit cesser.

Il repart vers la salle d'actualités, se cache derrière un journal, et observe fixement un autre lecteur sur lequel il jette son dévolu.

Nous avons eu quelques discussions au sein de l'équipe pour déterminer si c'était un lecteur timide qui n’osait pas poser de questions, hypothèse rapidement écartée, nous avons aussi eu quelques débats pour essayer de déterminer ce qui pouvait être à l'origine d'un tel comportement un peu étrange, avec des fixations précises . Car ne sont pas toutes les collègues féminines qui l'intéressent, il a jeté son dévolu sur quelques-unes, celle aux figures les plus amènes, les plus souriantes et sympathiques. De ces conciliabules sur la nature de ce pervers polymorphe il en est ressorti que nous avions résolu de ne jamais le laisser seul dans une pièce avec une collègue, juste par prudence, on ne sait jamais.

Un jour à la faveur d'une altercation, il avait jugé bon de s'installer ni plus ni moins à la banque de renseignements, à la place du collègue qui avait laissé là son siège et son poste vacants, et semblait trouver tout à fait incongru qu'on le lui reprocha, il avait menacé de tous les diables, et notamment du maire qui n'en était pas un, mais aussi de son ancienne profession : représentant de l’ordre à la retraite...il y a décidément des brebis galeuses dans tous les corps de métier.

mercredi 6 février 2008

Tranches de vie : le monomaniaque du chanteur has been

Il a d'abord été repéré par une collègue : au fil des rayons ses poches semblaient se gonfler. Dans le doute la collègue en appelle une autre pour confirmation, le verdict tombe : les poches se gonflent effectivement au fur et à mesure.

Se sentant repéré il plante là les deux observatrices, se réfugie dans un autre espace, quitte sa casquette et sa veste, puis redescend nonchalant vers la sortie, arborant un air complètement dégagé.

Le vigile en poste, alerté par les deux collègues qui lui ont confié le signalement de l'individu louche, le reconnaît. Son passage dans le portique antivol lui est fatal : la sonnerie tonitruante se déclenche. Invité à vider ses poches, il parlemente pendant plus de cinq minutes, arguant d'une quelconque invasion de sa vie privée, d'une méfiance inopportune, d'un quelconque état policier dont nous serions les représentants illégitimes, et de je ne sais quoi encore. Le vigile patient mais têtu, persiste et signe l'invitant avec une constance inébranlable à vider ses poches. L'individu fini par céder et extirpe de son blouson cinq CD d'un chanteur has been, auquel je ferai la grâce de ne pas citer son nom, car il n'y est pour rien dans tout ça.

Notre monomaniaque passe à nouveau dans le portique antivol, et là rebelote : la sonnerie re-sonne. Il est de nouveau invité à vider ses poches, de nouveau il parlemente pendant plus de cinq minutes, de nouveau se heurte à l'entêtement du vigile, et de nouveau il cède. Cinq autres CDs sont extirpés, ce coup-ci de son pantalon, et passent dans les mains du vigile. Lequel, toujours aussi têtu, fait de nouveau passer notre monomaniaque entre les tentacules du portique antivol.

Et là ce qui devait arriver arriva : il sonne à nouveau. Le ton monte, la conversation reprend son cours, nous sommes plus que jamais les représentants d'un État policier, des tortionnaires, et je ne sais quoi d'autre. De nouveau il se heurte à l'entêtement du vigile, à sa constance dans son travail, et de nouveau il se voit contraint de céder face à la pression des collègues qui se sont rassemblés pour observer la scène et du public qui n'en rate pas une miette. Cinq derniers CDs seront extirpés ce coup-ci de son tee-shirt et c'est la queue entre les jambes que notre monomaniaque repassera dans le portique antivol, qui ce coup-ci aura la bonté de ne plus sonner. La quinzaine de CDs retourne gentiment dans ces bacs, dont ils ne ressortiront probablement pas avant un petit moment... Les collègues assemblés débattront longuement pour essayer de se souvenir comment est-ce que nous avons pu acquérir 15 CDs de ce chanteur complètement has been.

mardi 5 février 2008

Galerie de portraits: bienvenue

Et ben voilà j'ai décidé d'inaugurer une nouvelle rubrique: la galerie de portraits (ce qui bien sûr je viens de le réaliser va m'obliger à bidouiller le code HTML de ce blog pour la créer donc rendez-vous dans un an pour le prochain post!!! Ah si seulement j'avais pris option informatique au collège au lieu de baguenauder au gré de mes hormones), et bien sûr il vous faudra deviner s'il s'agit de collègues ou d'usagers....et oui sinon c'est pas drôle!
Enfin ceci ne concerne que les quelques internautes qui par pur désoeuvrement me font le plaisir et l'honneur de consulter cette page (c'est-à-dire ceux qui n'ont rien de mieux à faire pendant le sévice au public).

Bienvenue:
Les épaules voutées, le regard vague, ou plutôt tentant desespérement d'hypnotiser l'écran de veille de son ordinateur, elle est assise et semble ne plus rien attendre de rien.
Le combat est inégal et l'écran gagne à chaque fois, la plongeant dans des abîmes...de néant. Elle porte sur ses minces épaules tout le poids du monde qui l'accable ou tout l'ennui de la Création, on ne peux trancher d'un simple regard.
S'il y avait un concours de la vacuité d'esprit, tant célébrée par les moines bouddhistes zen, elle le remporterait. Je ne peux m'empêcher de ressentir une profonde peine en la regardant, je crois d'ailleurs que je ne suis pas la seule. Le pli amer de sa bouche, la tristesse et l'inexpressivité de son regard sont tout à la fois touchants et crispants, je suis partagée entre l'envie de la secouer pour la sortir de son sommeil, la ramener à la réalité de ce pour quoi elle est là et celle de la laisser dans son monde de peur de reveiller des blessures secrètes.
Ses épaules voutées, sa posture avachie sur elle même et son dos sont la première chose que le lecteur qui passe par là apercevra....
bienvenue à la bibliothèque!

PS: comme vous l'aviez bien sûr compris il s'agit de portraits de collègues ou lecteurs que j'ai croisés soit en tant que collègues, soit en tant que lectrice, et le plus souvent il s'agit d'une compilation de plusieurs individus, donc inutile d'essayer de donner des noms ou des identifiants....

mardi 29 janvier 2008

nearly curator, already obsolete (suite et fin?)

Bon Shakespeare, qui tiens une place particulière dans mon Panthéon et dans mon coeur, et ses acolytes: Wordsworth, Sillitoe, Caroll, Kipling, etc... ont tous fait hier un triple salto arrière, double lutz piqué, chacun dans leurs tombes respectives: j'ai eu les résultats de mon test d'anglais and I've failed indeed!

Tout comme j'ai foiré word après avoir réussi le reste, dont powerpoint avec qui je n'avais pas croisé le fer depuis 4 ans. Bien entendu j'ai autorisé mes ex-collègues et néanmoins amies à me renier et à me rayer de leurs carnets d'adresse car pour quelqu'un qui s'est jadis, une autre vie déjà, occupé des services en ligne en accès distant c'est un peu l'infamie.

Bien sûr des rires, nombreux et bruyants (sniff!) ont retenti dans cette structure où j'ai eu sévit.

Malgré ce je constate la fidélité de ces ex-collègues et néanmoins encore plus amies, (et oui il y a plus de filles que de garçons en bibliothèque....état de fait que je n'aurais de cesse de déplorer), d'autant que d'autres ayant fait des études d'anglais s'en sont sortis comme moi, c'est-à-dire mal!

Depuis hier je déplore cette belle note obtenue en anglais pour l'entrée de normale sup', meilleure que ma note de philo qui était mon option!, et le fait que je ne lise Shakespeare que dans le texte...bon d'accord je lis aussi beaucoup Glamour et le Guardian...mais bon ma dignité en est encore toute froissée.
Que l'internaute de passage se rassure elle s'en remettra!

Néanmoins j'en conclue que je suis nearly curator and already obsolete, j'ai donc toutes mes chances dans cette profession!
Bibenfolie

PS: oui c'est vrai je suis à la fois mauvaise langue et mauvaise foi sur ce coup là, mais j'assume et vous rassure je m'engage à bientôt faire un billet sur les curator up-to-date, geek et peut être même glamour...parole de curator!

mardi 22 janvier 2008

Le bibliothécaire ne s'use que si on ne s'en sert pas

le bibliothécaire est comme l'intelligence il ne s'use que si on ne s'en sert pas...enfin vu de ma cour.
Vu de la cour des usagers il s'use à 93% puisque parmi les fréquentants (du temps de ma grand-mère quand on fréquentait c'était un peu plus folichon qu'à la BM, quoique...) ne posent jamais de questions. A ces 93% s'ajoutent les non fréquentants....que je n'ose chiffrer là sans cela autant quitter le métier de suite!

Bonne nouvelle: les féquentants assidus, les inscrits, lorsqu'ils "possédent les codes" osent se frotter au bibliothécaire. D'un contact censé ne pas être rugueux, voir même enrichisant à l'occasion, le bibliothécaire est donc nettement moins fréquenté que les lieux dans lesquels il régne en maître.

Pour ma part j'ai une théorie, farfelue cela va sans dire, j'ai souvenance d'avoir poussées les portes de bibliothèques qui abritaient en leurs seins des êtres pourvus de chignons, vêtues de sacs à patates qui furent au Moyen-Age des tailleurs, sentant parfois le renfermé, êtres d'un autre temps que je n'osais déranger de peur qu'ils ne tombent en lambeaux.

Quant à moi je ne porte JAMAIS de chignon au travail, souvent un baggy, imanquablement un décolleté à faire pâlir un séminariste, et j'enbaume généralement le datura noir. Je me souviens d'un vénérable conservateur de BM classée, qui recevait pour la première fois la collègue directrice de petite BM que j'étais, et qui me voyant dans son hall d'accueil m'a toisée de pied en cap pour me signaler en suite que les locaux n'étaient pas ouverts au public. Je me souviens aussi de sa tête lorsque j'ai dégaîné d'un ton aimable et souriant mon pédigré et ma position, je fus toisée une seconde fois et mis fort longtemps à acquérir un temps soit peu de crédibilité à ses yeux.

Le public n'aborde à mon humble avis qu'un bibliothécaire souriant, l'oeil baguenaudant dans les rayons (ne pas avoir l'air occupé tout en l'étant) et qui lui ressemble un tant soit peu du point de vue vestimentaire (ou du moins n'ayant pas l'air d'un autre âge). Je ne suis pas une fashion victim (plutôt une techno victim ou apprentie geekette), et je ne suis pas un top model, ce ci dit outre mes decolletés légendaires je ne me départis jamais de mon sourire dans les rayons, c'est ma seule arme mais elle est redoutable!