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mercredi 30 juillet 2008

La transitique

j'aime la transitique, c'est une petite chose, fort coûteuse au demeurant, qui a le don de me mettre en transe, littéralement. Outre le fait que je retrouve mon âme d'enfant (à mi-chemin entre les petites voitures et le mécano) je suis fascinée par le fait que quelqu'un ait eu l'idée d'utiliser cette technologie en bibliothèque. Mais pour être complètement honnête avec vous ce que j'aime dans la transitique ce sont ces ratés...;-))


La joie puérile, je n'en disconviens absolument pas, d'assister à une tamponnade entre une première valise, trop chargée, et une seconde plus légère l'ayant rattrapée. L'extase de l'accident en gare de triage (pas de blessés, donc pas de mauvaise conscience) et la joie simple de les voir circuler, de les charger, de saisir l'adresse est de voir l'objet du délit voguer vers de nouvelles aventures. Le mystère de leurs parcours méandriques... Ah les valisettes et autres wagonnets !


Tout ceci est plutôt joliment retranscrit dans les dessins d'une collègue toulousaine...


Et puis le tapis roulant sur lequel on rêve parfois de fourrer les lecteurs casse-pieds, ou un collègue un peu tatillon, le tapis roulant qu'on peut arrêter en urgence d'un coup de genou... Cette dernière découverte faite un peu incidemment, no comment!... Des fois qu'on aurait des regrets d'y avoir fourré un collègue ou un lecteur, à leurs corps défendants !

(Attention les enfants il est formellement déconseillé de faire cela chez vous ;-))

Et puis pour tout vous dire je ne suis pas la seule ‘thécaire, ni la seule ‘cons à avoir demandé à être avertie par téléphone en cas d'accident ! Après tout quel mal y a-t-il à avoir gardé son âme d'enfant ?

mercredi 23 juillet 2008

C’est l’été : sujets légers

Vous êtes prévenus, ici mais aussi ailleurs ("les grands esprits se rencontrent" dit-on, quoique là je ne suis pas sûre que ce soit l’idée du siècle, non plus)….un lecteur averti en vaut deux!

lundi 7 juillet 2008

le sud....un dimanche tant qu'on peut encore

Je plante le décor: le Sud donc, un peu comme dans la chanson: le temps arrêté, le soleil qui joue à cache cache, le bon vin et la bonne compagnie avec de la verdure autour. Réunion de collègues, et ex-collègues, futurs ex-collègues et leurs conjoints embringués dans cette troupe de bibliothècaires et autres assistants, ça va causer de quoi ce petit monde à votre avis?



De bibliothèques....oui un peu, moins que d'habitude. De dimanche, d'être ensemble le dimanche tant qu'on peut parce que bientôt "je crois que ça va plus être possible"...et oui bientôt leur petit monde va ouvrir le dimanche alors on en cause, parce que dans cette fine troupe y'a les pour et y'a les contre (et puis surtout y'a les pauvres moitiés embringués dans cette affaire et qui aimeraient bien qu'on cause musique, film, politique, développement durable et retour à la nature, pardon messieurs).


Les pour avancent: l'exemple de nos voisins les musées, les carences de collègues de BU (et puis d'ailleurs on n'a qu'a satisfaire leur public après tout s'ils ne veulent pas se donner les moyens de faire que les étudiants puissent bosser le week-end et le soir et pendant les vacances, ou qu'on les leur donne pas aussi), la demande du public qui est petite mais réelle, le service public, le fait que la culture c'est fait pour être accessible quand les gens sont dispos et pas quand ça nous arrange, le fait que s'il y a roulement cela représente un tout petit effort qui flingue pas la vie de famille, qu'on se fout de savoir si l'employeur mérite ou pas qu'on se casse la tête pour lui, que non l'employeur n'a pas à prendre en compte le fait que c'est pas possible de faire garder les enfants, il peut mais c'est pas obligé, le fait que ce sera tellement chouette d'avoir de nouveaux usagers, le fait que ce sera un petit mieux salarial pour ceux qui en ont besoin, etc....


Les contres répondent: que c'est une question de principe (les grand-parents ont lutté durement pour obtenir des droits auxquels on renoncerait volontiers?!), que l'esclavage a été aboli (non là j'exagère), que les musées c'est une chose mais nous ont fait aussi des nocturnes, qu'on n'a pas à pallier les carences des BU (et puis quoi encore!), que le public ça sera le même: celui qui vient lire la presse tous les jours parce qu'il a le temps (retraités), que seuls les commerçants pourraient être intéressés mais qu'ils viennent à la nocturne, que ça fout en l'air la vie de famille, que franchement faudrait que l'employeur le mérite, que qui gardera les gosses et si au moins on leur proposait un système, que le mieux salarial est minime, et puis que non c'est dit on veut pas on viendra pas!



Dans le lointain une petite voix s'élève, invitée à donner son avis en tant que grand chef sioux de la filière administrative, et la petite voix dit qu'elle "ne sait pas trop, que peut être c'est bien quand même de garder cette temporalité autre qu'est le dimanche dans la vie des gens"...



En attendant on a passé le dimanche à parler du dimanche (peu ou proue même si on a effleuré les abeilles, Metallica, le développement durable, les chataîgniers, les déménagements, et les bibliothèques). Et puis on a oublié de se dire qu'on s'aimait, que c'était bien quand on pouvait être tous ensemble et qu'on pourra plus parce que les ex-collègues ne seront peut être plus jamais des collègues et qu'ils seront plus ou moins loin, et qu'en plus faudra bosser le dimanche, alors je vous le dis moi: "j'aime pas le dimanche travaillé, même si je suis pour..."


Et le "Sud" cède la place à "je hais les dimanches".



PS: En tous cas c'était le dernier dimanche tous ensemble et on en a encore profité pour refaire le monde des bibliothèques au lieu de savourer simplement le fait d'être là tous ensemble en vie, heureux et en bonne compagnie.

mardi 1 juillet 2008

premiers pas dans ma deuxième vie

Bon ceux qui me connaissent savent que j'ai décidé de vivre ma vie à fond et bien j'ai un scoop je viens d'entamer la deuxième!

Ce que je vais en faire? Euhhh, au vu de mes premières performances arrêter de voler dans les arbres et croire que je peux faire pareil avec les murs (nan....pas de fonctionnalité passe muraille), et apprendre à me téléporter dans des endroits intéressants (le hard rock lounge était pas concluant et je suis bien triste de l'avouer la bibliothèque sans livre guère mieux....y-a-t-il un Ladurée? bonne question!).


Premiers pas donc dans second life histoire de voir à quoi cela ressemble, il semble que certains collègues fassent des créneaux de service public et pour être honnête cela me manque un peu...mais pour cela encore faut il trouver une bibliothèque française ou anglaise!


Hormis la difficulté à trouver des lieux qui fassent sens pour moi (j'ai dû subir de la techno car j'ai cliqué trop vite, trop contente de trouver de la musique à écouter et incapable de trouver comment m'échapper!!!!! Arghhhhh!), il y a aussi le fait que je ne me vois que de dos, bizarre, non? Ne pas me voir eut été naturel (dans la vraie vie on ne se voit que dans un reflet et on ne se déplace pas en se voyant), mais voir cette queue de cheval ridicule dont je ne peux me débarrasser cela m'énerve. Et puis au début j'ai voulu me faire des vêtements...J'ai juste oublié d'enlever ce que l'on m'avait donnés: fallait voir la dégaine!!!! La robe rose à pois sur le pantalon, le t-shirt violet et le gilet bleu canard...


Bref les premières impressions se résument à: à quoi ça sert? Mais bon je vais continuer mes explorations et me lancer dans des tutoriels basiques pour voir ce qu'il y a de si passionnant à faire dans cette autre vie...sachant que la première est déjà bien remplie!


Et puis si je trouve des trucs intéressants je vous raconterai...et dans l'intervalle si vous êtes sur second life et que vous voyez un truc qui s'appelle Bibenfolie et qui se fracasse contre un mur: faites moi signe!

samedi 14 juin 2008

I'm back.....

"he's back, he's the man behind the mask and he's out of control...." j'emprunte à un grand philosophe devant l'éternel: le majestueux Alice COOPER, pour annoncer quelque chose de pas majestueux du tout mon retour au blog.



Après un gaufrage en beauté dans le grand virage des mes partiels de psycho (ma faute j'avais pas tenté de faire les devoirs + une grande surprise, partagée par d'autres camarades d'infortune, ce n'est pas du tout théorico-conceptuel mais au contraire super technique) donc je jouerais encore en septembre. Après un non moins magnifique gaufrage dans la douche de l'hôtel (fatigue= chute de tension) et donc un viollissime bleu-bosse sous la plante du pied (un truc incroyable la pharmacienne a voulu voir ne soupçonnant mes talents à dépasser les limites de la médecine) et pas top pour marcher. Après consommation réglementaire de deux réglettes de macarons Ladurée (rosanis le top! cédrat le parfum manque de puissance, réglisse et fleur d'oranger restent mes préférés) et délectation du non moins savoureux Barbey d'Aurevilly tout juste ressorti des presses.....bref après toutes ces péripéties et bien d'autres je suis de retour et d'humeur musicale pour mon prochain post.



A ce sujet je tiens à préciser que je subis actuellement de fortes pressions pour aborder la question de la "nouvelle star"...ce que je ferais à ma façon les amateurs de châtaigniers, donc inutile de harceler mon blackberry...


A demain, vous m'avez manqué!

dimanche 18 mai 2008

Dans le même genre

J’ai l’impression que c’était dans une autre vie…cela fait déjà deux ans que j’ai eu un coup de cœur (décidément faudrait pas que ça devienne une habitude !) pour une bibliothèque, ou plutôt pour les Idea store.


Idea store, pour ceux d’entre vous qui ne lisent pas le BBF voici déjà le lien, pour le site il suffit de taper votre moteur de recherche préféré ;-)). Encore une fois ce n’est pas qu’une bibliothèque c’est un concept, en fait je crois que je n’aime que les bibliothèques-concepts en raison de vieux relents d’études de philo, tout est dans le concept.


Il faut d’abord planter le décor : Londres la cosmopolite et plus particulièrement Tower Hamlets quartier jadis en déprise avec 49% de population que l’on va pudiquement qualifier d’origine non locale, en british « non white ». Une chute colossale de la fréquentation de leurs bibliothèques (de 50% à 20%....le premier français qui la ramène sur le sujet je l’invite à consulter nos statistiques nationales ô combien brillantes ;-))). Et donc un questionnement métaphysique des collègues et des politiques locaux ! (tiens se poser des questions c’est possible ? penser qu’on pourrait mettre la clef sous la porte si on se bouge pas, non inconcevable en France ?!)


Bilan de ces brillantes cogitations : des locaux conviviaux (c’est marrant j’ai déjà écrit cela quelque part !), bien placés (artères principales, centres commerciaux…), des équipements design (même réflexion!), aucune interdiction (déjà vu!?), pas de prise de tête, silence banni, sonneries de portables autorisées, multi supports, détente et amusements garantis….alertes mails avant le retard, renouvellement des prêts en ligne, réservation de 3 créneaux d’1h d’ordinateur en ligne ou par téléphone.

Les cafés et autres carrot cakes vendus dans le café, inclus dans la structure comme dans de nombreuses librairies du pays, sont consommables dans tout le bâtiment, et oui si on confie des livres aux lecteurs pour qu’ils les emportent chez eux où comme moi ils le liront armés d’un bon thé et de quelques biscuits, pourquoi ne pas leur faire confiance chez nous, dans nos locaux, la confiance serait elle devenue une question de périmètre ?

Bien sûr des horaires larges (plus de 70h et très peu de jours de fermeture, moins de 10 pour être plus précise). Avec des horaires d’ouverture dès 9 h, marché oblige et des fermetures vers 18 h au plus tôt et 21h au plus tard, quand on sait que même à Londres Le célèbre magasin qui vend de tout et pour tous ferme à 20h ! Un service public, qui dans un pays où les services publics sont réputés pour être défaillants, un service public qui fait mieux que le secteur commercial ! Tout cela pourquoi me demanderez-vous ? Histoire que le public ne se torture pas les neurones à se demander si c’est ouvert ou pas….élémentaire mon cher Watson !


Quoi d’autre : des collections langues étrangères adaptées à la population locale (où ont-ils trouvé un catalogueur en Bengali ? dans le quartier sans doute !), des best seller comme s’il en pleuvait et disponibles de suite, des services à domicile, des services pour personnes handicapées (dont des équipements informatiques de pointe), des services mobiles pour ceux qui ne le sont plus, des cours pour les grands parents (si si !). Pour les plus jeunes des services adaptés : aide aux devoirs, programme de débutant en livres ou intégration au programme national reading scheme, programme de découvertes multi sensorielles.


Mais surtout l’ascenseur social, un qui marche, le programme « learning lader », avec des cours diplômants, avec des intitulés glamour et sexy (le surf pour les cheveux argentés ou pour les terrifiés, DJ mix ou Bollywood dance), un solide sens de l’humour et du sérieux (so british in my opinion), des programmes attractifs jeunes et sympa qui vous donnent pas l’impression d’avoir fichu les pieds dans un temple de la culture (lifelong learning service pour les adultes voulant découvrir de nouveaux sujets) ou encore les bons vieux cours d’alphabétisation toujours d’actualité. Bref une philosophie de la bibliothèque bien différente de la notre, encore une fois, et des statistiques bien différentes des nôtres, « et ça continue encore et encore », et une fierté du métier dans la réjouissance bien différente de la notre, « c’est que le début d’accord, d’accord ».


Des points noirs, oui sans nul doute ils confessent eux-mêmes clairement remporter du succès essentiellement auprès du public jeune et étranger, moins avec les personnes âgées…et le port de l’uniforme obligatoire (au pays du shopping c’est selon moi un crime de lèse-majesté).


Et en plus Londres est la terre promise du shopping et de la fusion food….que demande le peuple bibliothéconomique, hein Sophie ? Allez va n’hésitons plus entre hollandais et anglais…apprenons les deux pour mieux causer avec ces collègues d’une autre planète ! et puis je terminerais avec une chose que je ne pensais plus dire un jour :VIVE les CONCEPTS !!!

mercredi 30 avril 2008

ralentissement de l'activité

Non ce n'est pas un effet des beaux jours, mais un effet des révisions en vue des partiels (je suis méga à la bourre que c'est encore rien de le dire ou plutôt de l'écrire!).


Donc je vais adopter le sobre rythme de croisière d'un billet par semaine jusqu'à la mi-juin....désolée pour ceux que cela navre, mais je pense que vous êtes fort peu nombreux les gars!


Par ailleurs l'enssib semble sortir de sa léthargie en terme de charge de travail et donc tout le monde se bouscule au portillon pour se délecter de notre prose, d'où double boulot!


Donc en vertu de la continuité de service public je vais juste réduire l'activité, apellez cela un "blog en fonctionnement dégradé"!!!

mercredi 2 avril 2008

Tranches de vie : le schizo parano

Les services musiques semblent attirer des individus aux profils variés, pour le moins. Là l’individu en question est affecté par ce qui doit être sans doute le plus déchirant et le plus terrible de tous les maux sur cette terre : la schizophrénie, qui en la circonstance semble doublée d’une paranoïa particulière. Je ne veux pas sous estimer les autres maladies existantes sur cette terre mais la schizophrénie est, aux dires de ceux qui en souffrent, un mal dont on ne saurait se faire une idée sauf à en souffrir soi même, décrite comme un déchirement permanent, une torture sans répit même avec les traitements qui ne procurent qu’un mince apaisement.


Celui-ci hante nos murs, selon les répits que lui procurent ses internements successifs, toujours accompagné de sa chapska (y compris l’été), et plus précisément la discothèque. Il est véritablement hanté/ habité par des préoccupations récurrentes, qui semblent s’appliquer à ses diverses personnalités/ ou communes aux diverses voix qui résonnent dans sa tête, je ne sais comment décrire ce que je ne connais pas et pour lequel je ne voudrais surtout pas manquer de respect.


L’espionnage en fait partie, avec pour obsessions les puces-espionnes, les écoutes, et tout ce qui a trait aux moyens éventuels d’espionnage [ordinateurs, livres, portiques antivol (enfin c’est un des moyens qu’il recense)….]


Par ailleurs chaque fois que je le croise je suis en service public, prêt ou retour, et les ordinateurs rament, ce qui arrive souvent, et chaque fois nous avons la même conversation étrange et familière :


« - je suis désolée mais c’est un peu long les ordinateurs aujourd’hui, on a des petits soucis de serveur… »

« - y’a des foetus congelés dans l’ordinateur, c’est pour ça que c’est long…»

« - ah bon vous croyez ? Non je pense que c’est juste que nos serveurs sont un peu vieux et ils fatiguent »

« - non, non je vous assure il y a des foetus congelés dans votre ordinateur c’est pour ça que c’est long, ils s’en servent pour nous espionner… »

« - vous croyez ? Ça m’étonne un peu parce que ce que nous faisons n’est pas intéressant au point qu’on nous espionne, vous savez les disques c’est quand même pas un sujet sensible… »

« -si, si ils nous espionnent jusque dans les bibliothèques, pourquoi vous croyez que ça sonne ? C’est parce qu’ils nous ont mis des puces dedans ! »

« - euh non pas vraiment c’est dans les livres et les CD qu’on met des antivols, vous savez pour pas qu’on nous les vole, c’est ça qui sonne, pas vous, ni les autres lecteurs. »

« - non vous avez rien compris, dit il en s’emballant, ils nous espionnent et y’a des foetus congelés dans les ordinateurs, vous êtes naïve ou vous en faites partie ? »

Histoire de pas donner du grain à moudre à ses soupçons, si jamais il attend après moi pour alimenter ses théories, j’abonde dans son sens par un :

« - ah oui si vous le dites….ça doit être vrai… »


Je le regarde partir en me demandant quelle somme de souffrances, de solitude, d’errances peut être sa vie. Souvent aussi je me dis que la limite entre la folie et la « normalité » doit être bien mince et me demande ce qui a pu le faire basculer dans cet univers, la raison ne saurait être simple, sans doute plusieurs facteurs se sont conjugués pour faire que son esprit bascule.


J’ai une grande tendresse pour ce personnage, qui me donne le sentiment plus particulier, mais peut être à tort, de l’utilité de mon métier, de sa dimension sociale…j’aime à le voir franchir nos portes et quand je ne le vois pas d’un moment je pense à lui, pas sans peine mais pas sans une certaine tendresse non plus…il arrive assez souvent qu’il me manque.

mardi 4 mars 2008

Tranches de vie : le célèbre pianiste

La petite dame s’avance et demande timidement un disque d’un célèbre pianiste dont le nom a un c ou un k, elle ne se souvient plus très bien. Le collègue, pianiste lui-même de son état parallèle à celui de professionnel du disque, se lance dans une recherche mentale rapide, j’assiste à la scène décidant qu’il n’est jamais trop tard pour s’instruire et découvrir autre chose qu’Alice Cooper. Le collègue commence à citer des noms :

- Ciccolini ?

- non

- Kissing ?

- non

- Katsaris ?

- non

- Sokolov ?

- non

- Casadesus ?

- non

Je vous passe la longue énumération, disons qu’au bout de 5mn le collègue est un peu à court de noms à soumettre à la gentille petite dame, qui tout d’un coup se souviens :

- ah oui Clayderman c’est cela Clayderman ! vous avez ?....

samedi 23 février 2008

Tranches de vie : V’là l’printemps


Ils sont jeunes et beaux et ils sont amoureux…mais surtout ils sont dans nos murs et ça sent le printemps. Un fauteuil accueillant prévu pour un humain unique en abrite deux de sexes différents mais apparemment pas si opposés que cela. Les bouches se frôlent, se rencontrent et se happent goulument, mais bon c’est l’amour, donc je suis d’humeur tolérante et les souvenirs (pas si lointains ?) de mon adolescence remontent à la surface, difficile de se trouver un peu d’intimité et difficile aussi de dompter les poussées hormonales, tout ceci m’invite à la clémence.

Tout d’un coup une main s’égaye puis disparaît…bon mon indulgence a des limites et nous y sommes !

Je prends mon air d’adulte revêche, à faire peur autant avoir vraiment l’air d’un croquemitaine, et je m’avance vers eux réclamant un peu de « correction et de décence », après tout nous sommes dans un lieu public.

La situation se redresse, les bouches s’éloignent, les mains refont surface, et l’embellie dure au moins deux bonnes minutes !

De nouveau les bouches entrent en contact étroit, les mains s’égayent dans une ronde poétique et amoureuse, et de nouveau une d’entre elles vient à manquer à l’appel…

De nouveau je prends mon air de croquemitaine accompagné de l’œil qui tue et je les chasse du fauteuil accueillant, à regrets…après tout c’est le printemps !

lundi 18 février 2008

Tranches de vie : les pages économiques du Figaro,siouplaît m’dame

Je plante le décor : une petite bibliothèque en ZUS, en plein cœur de la ZUS, avec parfois un public primo arrivant, parfois en cours d’alphabétisation, et en tous cas censé être « difficile », comme on dit pudiquement, mais qui de fait ne l’est pas en la circonstance. Il a environ huit-dix ans, il est manifestement pas BBR (lire Bleu Blanc Rouge comme dans certaines annonces pour des emplois) mais plutôt un superbe exemple de ce que la mixité a de bon et beau, et s’active l’air perdu au niveau des périodiques. Comme il n’a pas l’air de trouver ce qu’il cherche au bout de deux minutes je viens à son secours :

- "tu cherches quelque chose de précis?"

- "Oui, les pages économiques du Figaro, tu les as soiuplaît m’dame"

- "…. ? (instant de nette perplexité) ce sont les pages économiques du Figaro que tu cherches, elles sont là, tu cherches quelque chose de particulier ? un article ?"

- "Non juste les pages économiques du Figaro, je veux les lire."

- "Tu sais les pages économiques du Figaro c’est pas forcément super facile à lire donc si tu as un petit souci pour comprendre un mot ou une phrase n’hésites pas à venir me demander, OK ?"

- "D’accord merci m’dame"

Il n’est jamais venu me demander d’explication ou d’aide tout au long de sa lecture scrupuleuse des pages économiques du Figaro, moi je suis sûre qu’il m’aurait fallu un dictionnaire tôt ou tard pour comprendre une paire d’articles…il va falloir que je révise mes préjugés ou mieux que je m’en débarrasse au plus vite, d’autant que moi aussi je viens de la ZUS.

jeudi 14 février 2008

Tranches de vie : le poète partageur

C’était un poète du genre triste, avec des grandes déclarations sombres sur "l'infidélité du chien", "l'acharnement de la destinée", la mort toujours trop proche, le dédain des femmes et 1 000 autres tragédies dénichées là où lui seul savait les trouver.

Il venait parfois animer des soirées et des rencontres de poésie, si jamais ce soir-là vous étiez d'humeur dépressive le lendemain on aurait sûrement retrouvé votre corps sans vie abandonné en quelque lieu caché et battu par les vents.

Il avait sans doute de bonnes raisons d'être aussi triste, au chômage [hé oui personne n'embauche plus de poète de nos jours! chose des plus regrettable et qui contribue sans nul doute à l'extinction de la race, car s'il faut en plus de la vocation et du talent (ce qui fait déjà deux conditions difficiles à remplir) une rente confortable cela complique le recrutement], marié à une petite femme gentille mais sans piquant, des enfants dont la vie semblait être un long fleuve tranquille, bref une petite vie bien rangée, avec somme toute suffisamment de difficultés pour ne pas la rendre joyeuse mais pas assez pour lui donner l'envie de quitter cette "vallée de larmes".

Comme c'est plutôt quelqu'un de gentil, et qu'il faisait peine à tout le monde, l'équipe l'avait pris en sympathie, on le recevait avec des petites attentions, on prenait régulièrement de ses nouvelles, on achetait pour lui des recueils de poésie qui ne sortiraient jamais, on notait scrupuleusement tout ce qui aurait pu l’intéresser, lui servir à faire reconnaître son œuvre. Il était devenu de plus en plus familier, jusqu'au jour où postée seule dans la petite salle du haut je reçus ses avances.

Comme je suis un peu vieille France et que pour moi mariage rime encore avec fidélité (sauf si un accord préalable entre les deux parties avait convenu du contraire) je lui rappelais gentiment que sa femme était une personne bien sympathique. Il m'avait alors répondu que ça ne lui poserait pas de problème. Prise de panique et ne sachant pas comment me débarrasser de l'importun, malingre et peu séduisant, j'invoquais alors mon rugbyman de mari, pas du tout prêteur, et me félicitais d'avoir eu la bonne idée de porter une jolie bague à mon annulaire gauche.

lundi 11 février 2008

Tranches de vie : le pervers polymorphe

Il est toujours vêtu d'un jogging, et de basket. Il sévit à diverses heures de la journée, et divers jours de la semaine, ce qui fait qu'on ne sait jamais quand il va frapper. Il commence par aller dans la salle d'actualités, après avoir feuilleté quelques pages du quotidien régional local, il commence son étrange danse.

Il se faufile jusqu'aux toilettes en rasant les murs, fait mine de s'y activer et de faire ce qu'il a à faire, en ressort la tête pour observer fixement la collègue postée en service public. Il rentre furtivement la tête dès qu’elle hausse le regard vers lui. Quelques instants plus tard son bout du nez se re-pointe dépassant légèrement du montant de la porte. De nouveau la collègue se sentant observée lève les yeux vers lui, il rengaine sa tête dans les toilettes.

Le petit jeu peut durer fort longtemps, de l'ordre des 5 minutes jusqu'au quart d'heure facilement, jusqu'à qu'une collègue avec un air plus sévère et une mine revêche passe par là et l'observe sévèrement, lui signifiant par là que le petit jeu doit cesser.

Il repart vers la salle d'actualités, se cache derrière un journal, et observe fixement un autre lecteur sur lequel il jette son dévolu.

Nous avons eu quelques discussions au sein de l'équipe pour déterminer si c'était un lecteur timide qui n’osait pas poser de questions, hypothèse rapidement écartée, nous avons aussi eu quelques débats pour essayer de déterminer ce qui pouvait être à l'origine d'un tel comportement un peu étrange, avec des fixations précises . Car ne sont pas toutes les collègues féminines qui l'intéressent, il a jeté son dévolu sur quelques-unes, celle aux figures les plus amènes, les plus souriantes et sympathiques. De ces conciliabules sur la nature de ce pervers polymorphe il en est ressorti que nous avions résolu de ne jamais le laisser seul dans une pièce avec une collègue, juste par prudence, on ne sait jamais.

Un jour à la faveur d'une altercation, il avait jugé bon de s'installer ni plus ni moins à la banque de renseignements, à la place du collègue qui avait laissé là son siège et son poste vacants, et semblait trouver tout à fait incongru qu'on le lui reprocha, il avait menacé de tous les diables, et notamment du maire qui n'en était pas un, mais aussi de son ancienne profession : représentant de l’ordre à la retraite...il y a décidément des brebis galeuses dans tous les corps de métier.