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samedi 26 juillet 2008

Orlando Bloom et les bibliothèques

Ce post est une commande, attention il ne faudrait pas s'y habituer je n'ai pas l'intention d'écrire à la commande mais consent à faire une exception cette fois-ci comme certains de mes collègues. Darth Vader a émis des protestations véhémentes contre le fait que j’osais faire des messages forts longs sur des sujets peu divertissants, puisque ne traitant ni des Rolling Stones, ni d'Orlando Bloom.


Comme Darth Vader fait partie de mes amis, et que somme toute sur cette terre peu de gens peuvent se vanter d'avoir Darth Vader parmi leurs amis, j'ai décidé de consentir à lui faire ce petit clin d'œil. Il se trouve que Darth Vader n'est pas insensible au charme d'Orlando Bloom. Oui je sais tout fous le camp et le lecteur qui découvre se blog aujourd'hui doit être éminemment perturbé de découvrir que Darth Vader aurait viré sa cuti. Que le lecteur se rassure : Darth Vader est une fille, il n'y a donc rien de surprenant à ce qu'elle aie succombé au charme d'Orlando Bloom.


D'ailleurs elle n'est pas la seule, nos collègues américains qui ont oublié de sécher les cours de marketing en bibliothèque sont aussi sensibles au charme de ce jeune acteur. Mais pas seulement au charme d'Orlando Bloom d'ailleurs, d'autres que lui sont affichés pas seulement dans les bureaux, mais également dans les espaces publics : Eva Mendes, Keira Knightley, Aishwarya Rai, Anthony Hopkins, Bill Gates, Colin Farrell, Denzel Washington, Ethan Hawkes, Hillary Swank, Ewan McGregor, Salma Hayeck, Yo-Yo Ma et Sean Connery . C'est une chose pour l'instant inimaginable en France, ce qui est fort dommage: imaginez un peu Olivier Martinez en 4 x 3 vous incitant à la lecture….Hummmm! Ça laisse songeur n'est-ce pas ? Bon je vous le fait version masculine : Monica Bellucci vous invitant à lire avec elle.

Cela fait maintenant quelques années que l’ALA (American Library Association) met en place des campagnes publicitaires en ayant recours à des célébrités qui vantent les mérites de la lecture. Vous me direz que nous avons aussi nos célébrités : nos collègues angevins ont eu eux aussi leur heure de gloire dans le cadre d'une campagne publicitaire. Ceci dit, et sans vouloir froisser quiconque, il faut reconnaître que si ces trois-là sont connus de la biblioblogosphère, ils le sont un peu moins des foules françaises.

Il me semble qu'il n'y aurait aucune honte à imiter nos collègues américains en proposant que par le biais de l’ABF, par exemple, une campagne publicitaire soit mise en place et utilise l'image de grande star française. À titre personnel j'aurais tendance à préférer une affiche avec Georges Clooney (désolée les angevins mais Georges a ses raisons que la raison ignore…), mieux même une affiche avec Metallica. Mais soyons raisonnables être invité(e)s par Olivier Martinez ou Monica Bellucci à partager un petit moment de lecture à la bibliothèque du coin….qui résisterait? Pas moi en tous cas car comme Oscar mon vieux compagnon de table de chevet "je résiste à tout sauf à la tentation".

Bon version ados on pourrait tabler sur Tokyo Hotel ou je ne sais quelle pointure de la tecktoniq.

lundi 7 avril 2008

J’en ai rêvé et ils l’ont fait

Ce coup ci il ne s’agit pas d’un poisson d’avril, une BMVR va réellement mettre à disposition de son public une Wii, après quelques XBox et autres PSP, histoire de ne pas faire de jaloux…Voilà comme le disait Risu la Wii devient bibliothéconomique et ce qui a été, il n’y a encore que quelques jours qu’un coup médiatique, devient une réalité.


Ce n’est pas encore la DOK mais le rock est déjà dans l’air…


Sans doute que cela ne va pas changer la face du monde, bibliothéconomique, mais cela contribue largement à modifier l’image de la bibliothèque auprès du public. Bizarrement c’est déjà une BMVR où le téléchargement légal existe, ainsi que la VOD…


Ce n’est pas une BMVR qui fait grand bruit mais il s’y passe bien des choses...

mercredi 2 avril 2008

Tranches de vie : le schizo parano

Les services musiques semblent attirer des individus aux profils variés, pour le moins. Là l’individu en question est affecté par ce qui doit être sans doute le plus déchirant et le plus terrible de tous les maux sur cette terre : la schizophrénie, qui en la circonstance semble doublée d’une paranoïa particulière. Je ne veux pas sous estimer les autres maladies existantes sur cette terre mais la schizophrénie est, aux dires de ceux qui en souffrent, un mal dont on ne saurait se faire une idée sauf à en souffrir soi même, décrite comme un déchirement permanent, une torture sans répit même avec les traitements qui ne procurent qu’un mince apaisement.


Celui-ci hante nos murs, selon les répits que lui procurent ses internements successifs, toujours accompagné de sa chapska (y compris l’été), et plus précisément la discothèque. Il est véritablement hanté/ habité par des préoccupations récurrentes, qui semblent s’appliquer à ses diverses personnalités/ ou communes aux diverses voix qui résonnent dans sa tête, je ne sais comment décrire ce que je ne connais pas et pour lequel je ne voudrais surtout pas manquer de respect.


L’espionnage en fait partie, avec pour obsessions les puces-espionnes, les écoutes, et tout ce qui a trait aux moyens éventuels d’espionnage [ordinateurs, livres, portiques antivol (enfin c’est un des moyens qu’il recense)….]


Par ailleurs chaque fois que je le croise je suis en service public, prêt ou retour, et les ordinateurs rament, ce qui arrive souvent, et chaque fois nous avons la même conversation étrange et familière :


« - je suis désolée mais c’est un peu long les ordinateurs aujourd’hui, on a des petits soucis de serveur… »

« - y’a des foetus congelés dans l’ordinateur, c’est pour ça que c’est long…»

« - ah bon vous croyez ? Non je pense que c’est juste que nos serveurs sont un peu vieux et ils fatiguent »

« - non, non je vous assure il y a des foetus congelés dans votre ordinateur c’est pour ça que c’est long, ils s’en servent pour nous espionner… »

« - vous croyez ? Ça m’étonne un peu parce que ce que nous faisons n’est pas intéressant au point qu’on nous espionne, vous savez les disques c’est quand même pas un sujet sensible… »

« -si, si ils nous espionnent jusque dans les bibliothèques, pourquoi vous croyez que ça sonne ? C’est parce qu’ils nous ont mis des puces dedans ! »

« - euh non pas vraiment c’est dans les livres et les CD qu’on met des antivols, vous savez pour pas qu’on nous les vole, c’est ça qui sonne, pas vous, ni les autres lecteurs. »

« - non vous avez rien compris, dit il en s’emballant, ils nous espionnent et y’a des foetus congelés dans les ordinateurs, vous êtes naïve ou vous en faites partie ? »

Histoire de pas donner du grain à moudre à ses soupçons, si jamais il attend après moi pour alimenter ses théories, j’abonde dans son sens par un :

« - ah oui si vous le dites….ça doit être vrai… »


Je le regarde partir en me demandant quelle somme de souffrances, de solitude, d’errances peut être sa vie. Souvent aussi je me dis que la limite entre la folie et la « normalité » doit être bien mince et me demande ce qui a pu le faire basculer dans cet univers, la raison ne saurait être simple, sans doute plusieurs facteurs se sont conjugués pour faire que son esprit bascule.


J’ai une grande tendresse pour ce personnage, qui me donne le sentiment plus particulier, mais peut être à tort, de l’utilité de mon métier, de sa dimension sociale…j’aime à le voir franchir nos portes et quand je ne le vois pas d’un moment je pense à lui, pas sans peine mais pas sans une certaine tendresse non plus…il arrive assez souvent qu’il me manque.

mardi 25 mars 2008

Tranches de vie : ufologie

On rencontre parfois des sommités en bibliothèques, si, si je vous assure ! Des pointures méconnues, mais des pointures quand même dans leurs domaines, des gars connus que dans leur quartier et qui tout d’un coup changent de quartier …et atterrissent dans votre bibliothèque !


Un jour j’ai eu l’insigne honneur de rencontrer une de ces pointures un spécialiste hors pair en quête de documents pour alimenter sa réflexion…autant vous dire j’ai pas alimenté grand-chose mais je crois qu’au fond il avait pas besoin de moi pour alimenter son petit vélo perso, il avait besoin de moi pour briller aux yeux de quelqu’un et c’est tombé sur moi, j’ai fait du mieux que j’ai pu avec mes petits moyens.


Une collègue est arrivée un peu démunie face à la requête d’un usager, qu’elle ne pouvait me retransmettre faute d’avoir retenu le sujet de ses recherches. Je me dirige donc vers l’usager en question l’incitant à me reformuler sa requête, erreur de débutante me direz-vous…ben oui, j’avoue humblement.


« - je suis spécialiste en ufologie et je suis à la recherche de matériaux de réflexion pour alimenter mes recherches, avez-vous des documentaires sur ce sujet ? »


« - [je remercie le ciel d’avoir déjà rencontré d’autres individus avec des hobbies de ce type et qui m’ont permis ce jour là de déterminer que le gars en question cherchait des bouquins sur les OVNIS et autres machins qui volent et dont on ne sait pas ce que c’est] euh vous avez c’est pas un sujet très demandé, ni un sujet qui suscite une littérature sérieuse très abondante, il faudrait peut être vous orienter vers une faculté de sciences…(botter en touche sans le décevoir ?) »

« - ah c'est dommage parce que c’est un sujet passionnant vous savez et très sérieux, moi-même je suis un spécialiste du sujet et je rédige une thèse sur ce sujet, dont l’angle d’analyse est le suivant…..blablablablabla……se souvenir de ne pas bailler, penser à un truc passionnant pour prendre un air inspiré, se composer un visage sérieux…..n’est ce pas que mon angle d’attaque est novateur ? »


« - oui, oui c’est le moins que l’on puisse dire mais je suis au regret de vous inviter à plutôt consulter la bibliothèque de la faculté de sciences qui aura sans doute de quoi vous permettre de trouver de la documentation sur ce sujet »


"Au regret"….des fois je mens pas trop mal !

jeudi 20 mars 2008

Je réclame le droit à l'erreur...I'm only human

Après l'étrange croisement de mon dernier post entre hommage et coup de gueule je voudrais préciser ma pensée.

J'ai dit préciser, pas revenir dessus, l'intitulé de ce post ne concerne pas le précédent. Ceci dit pour ceux que mon précédent post aurait "tourneboulés", d'abord laissez moi vous dire que se faire secouer de temps en temps c'est pas si mal. Par ailleurs il arrive que parfois on puisse en avoir marre de toujours être celui, ou celle en la circonstance, qui a des idées "loufoques" et qui se fait traiter "d'hurluberlu", voir de "démagogue" ou "racoleur". Si j'assume parfaitement le fait de ne pas rentrer dans le moule, je trouve que tout de même les collègues pourraient aussi adopter des jugements moins intempestifs, péremptoires et à priori sur leurs camarades de jeu: c'est pas parce qu'une idée est nouvelle qu'elle est forcément mauvaise. Prenez le temps de l'examiner objectivement et de vous demander si vous n'avez pas des a priori injustifiés, ah et j'oubliais: si vous êtes de mes collègues arrêtez de me regarder comme si un géranium me poussait sur la tête (en plus j'aime pas les géraniums!).

Donc je précise: je réclame le droit à l'expérimentation, sujet qui me tient particulièrement à cœur, et donc le droit à l'erreur, et donc le droit de reconnaître mes erreurs.

Je pense que l'expérimentation est nécessaire et vitale pour les bibliothèques, en effet nous sommes dans une période où tous nos modèles bibliothéconomiques se révèlent inopérants et donc caduques, et sauf erreur de ma part ("Anne, ma sœur Anne ne vois tu rien venir?"), aucun autre modèle ne pointe son nez à l'horizon. Bien sûr un ou plusieurs autres modèles finiront bien par émerger, mais il se peut que justement l'expérimentation soit ce nouveau modèle ou l'une de ses modalités.


Les bibliothèques ne sont pas que des lieux de culture, ce sont des lieux de sociabilité, entre le personnel et les usagers, mais aussi entre usagers. Or nos activités sont essentiellement culturelles et n'explorent ou ne recouvrent pas le champ de la sociabilité, en partie parce qu'il est si difficile de convaincre tout ou partie de nos collègues de la pertinence de remplir ce rôle. A titre personnel je ne cherche même plus à les convaincre, ce rôle me paraît tellement évident, le besoin est là, présent, réel, palpable jusque dans nos murs, et ce besoin est légitime parce que la culture c'est du lien social, aussi.

Donc il convient de mettre en œuvre des services ou des modalités de services qui explorent et répondent à ce besoin de lien social. Cependant comme ce besoin est exprimé sous des formes multiples, pas toujours très claires, il est difficile de déterminer de suite lequel va rencontrer son public, quelle sera la forme la plus pertinente et efficace.

L'expérimentation est donc la solution la plus pratique pour tester, innover, imaginer, dessiner les contours de services susceptibles de répondre à ce besoin. Avec des axes d'orientation et des temporalités différentes, qui sont à décider en équipe.

Bien sûr essayer implique aussi le risque d'erreur, il faudra donc manager l'erreur, mais après tout elle fait aussi partie de l'expérience de la vie et du management (ceci dit j'ai constaté que les quelques fois où ayant commis une erreur je l'ai reconnue et ai présenté des excuses, mes équipes m'ont regardée comme un alien, pourtant il me semble évident que je ne suis jamais qu'un être humain!).


Toute la question va être d'expliquer à nos hiérarchies et à nos publics que nous expérimentons avec de l'argent public et sur du public, et que le risque d'erreur fait partie de l'aventure. Ces explications ne seront bien sûr pas une mince affaire, en effet il est à la fois difficile pour soi, mais aussi pour ceux à qui nous devons des comptes, de reconnaître que nous allons nous servir des deniers publics pour "jouer", et éventuellement perdre. Mais si le risque de perdre est là, indéniable, et à ne pas minimiser, le risque de gagner aussi est là. Il me semble que nous ne nous adressons pas à des imbéciles, tant du côté du public que nos hiérarchies, et que donc tous peuvent comprendre que l'on ne réussit pas à adapter un service à un public de suite et que parfois ce que l'on imagine n'est pas ce qui réussit.

Par ailleurs, si je puis me permettre, lorsque nous nous plantons dans nos acquisitions, et nous nous plantons avec des montants annuels variables mais nous achetons effectivement des documents qui ne trouverons jamais leurs publics, nous commettons déjà ce genre d'erreur. Commençons par reconnaître ces erreurs là auprès de nos usagers et de nos hiérarchies, et proposons leur d'en commettre d'autres ou d'échouer à en commettre d'autres et donc de se risquer à expérimenter, car le risque de succès est aussi là, une chance à saisir.


La chance ne sourit qu'aux audacieux, dit-on, et je crois à titre perso que la chance c'est à la fois une opportunité qui se présente et une opportunité que l'on ose saisir...soyons audacieux! L'opportunité est là sous la forme d'un constat d'essoufflement du modèle de bibliothèque et les opportunités à saisir sont là aussi avec des lieux et des technologies, dont il ne nous reste qu'à nous emparer pour les triturer jusqu'à ce qu'ils correspondent aux besoins de nos usagers.

Osons et osons reconnaître nos échecs et nos réussites, réclamons le droit à l'expérimentation et le droit à l'erreur...we're only humans!

PS: pour ceux que ce sujet intéresse j'espère bien y revenir dessus en en faisant mon mémoire de recherche...si l'enssib accepte, réponse mi-avril! Si la réponse est positive je vous le livrerais dans ce blog, parole de scout!

mercredi 12 mars 2008

Tranches de vie : La revue pour ados et les citadelles et Mazenod

Sur fond de désertion d’un public ado mâle, (pourtant repéré en nombre dans les environs immédiats de la bibliothèque, mais semblant avoir été bannis du lieu par quelque ancienne malédiction), sur fonds de moultes expositions susceptibles de les intéresser mais pas…, et sur fond de création de section multimédia pas avant deux ans au mieux, aux grands maux les grands remèdes!

Achat massif d’un fond sport digne de ce nom, rajeunissement des collections jeunes, multiplication d’abonnements sur le sport, sans effets, donc arme de destruction massive dégainée (j’ai un peu honte de l’avouer quand même parce que c’est très sournois et bas de plafond comme arme).

Un jour un abonnement apparaît dans les rayons, sous les regards hostiles des collègues, tout à fait opposés à la manœuvre, un abonnement avec des filles vêtues de façon minimaliste, mais vêtues quand même !, beaucoup d’articles sport et de débats sociétaux majeurs (« En avoir ou pas ? » « Comment emballer en dix leçons ? » et autres sujets tout aussi brûlants).

Le résultat ne se fait pas attendre : en moins d’un mois des bandes d’ados mâles, aux rires benêts, ont envahis les rayons et se marrent en lisant des Citadelles et Mazenod, qui c’est connu sont à hurler de rire. Devant les collègues dépitées, et je les comprends je ne suis pas fière d’avoir eu à en venir à cette extrémité, mais que le premier à s’être abonné à match/ 20 ans ou jeune et jolie ose me jeter la première pierre, je crâne en disant « maintenant ils sont là à vous de les faire revenir… »

Ils sont revenus pour le sport, le graph, les romans rajeunis, la photo, les filles vêtues de façon minimalistes (qui sont restées parmi nous juste un an) et le multimédia ensuite.

Qui a dis que c’est le premier pas qui coûte le plus ?

mardi 4 mars 2008

Tranches de vie : le célèbre pianiste

La petite dame s’avance et demande timidement un disque d’un célèbre pianiste dont le nom a un c ou un k, elle ne se souvient plus très bien. Le collègue, pianiste lui-même de son état parallèle à celui de professionnel du disque, se lance dans une recherche mentale rapide, j’assiste à la scène décidant qu’il n’est jamais trop tard pour s’instruire et découvrir autre chose qu’Alice Cooper. Le collègue commence à citer des noms :

- Ciccolini ?

- non

- Kissing ?

- non

- Katsaris ?

- non

- Sokolov ?

- non

- Casadesus ?

- non

Je vous passe la longue énumération, disons qu’au bout de 5mn le collègue est un peu à court de noms à soumettre à la gentille petite dame, qui tout d’un coup se souviens :

- ah oui Clayderman c’est cela Clayderman ! vous avez ?....

jeudi 28 février 2008

Tranches de vie : la contrariée de la Dewey


La collègue arrive découragée et excédée et me dit tout de go :

- Y’en a une pour vous, du genre casse-pieds, qui veut à tout prix savoir pourquoi on classe les guides de voyage, comme on le fait et qui veut rien entendre à mes explications.

Bon vu que je suis la directrice j’ai supposé un jour que c’était à moi de me confronter aux casse pieds et donc je les récupère tous. J’abandonne la douce chaleur du service interne pour plonger dans les turpitudes du service public, rayon guides de voyages.

Je prends ma voix de VRP de charme de la lecture publique pour aborder la dame en question :

- Ma collègue m’a informée du fait que vous aviez une question à laquelle sa réponse ne semblait pas vous apporter satisfaction, que puis-je faire pour vous ?"

- bien voilà je ne comprends pas pourquoi vous rangez les livres dans cet ordre là, c’est pas logique.

- eh bien nous classons les livres selon un ordre défini dans une classification qui s’appelle Dewey, qui est utilisée dans de nombreuses bibliothèques en France et dans le monde. Bien entendu tout classement est arbitraire, j’en conviens et conçois aisément que cela puisse vous paraître illogique aussi je me propose de vous aider dans votre recherche.

- ah non mais je n’ai pas besoin d’aide, je continue de penser que c’est illogique et je me demande pourquoi vous persistez à classer les livres ainsi alors que vous-même vous reconnaissez que cela peut être imparfait.

- Comme je vous l’ai indiqué nous appliquons une méthode de classification qui s’appelle Dewey et qui est couramment usitée en bibliothèques, en choisissant cette classification il est logique de l’appliquer sur l’ensemble de nos collections, donc sur les guides de voyage. Voyez-vous ?

- non franchement je ne comprends pas pourquoi vous appliquez un classement arbitraire

- mais madame tout classement est arbitraire, nous choisissons juste celui qui paraît le moins difficile d’accès pour les usagers.

- mais franchement celui là n’a pas du tout de logique.

- si, voyez-vous la logique est géographique : d’abord les grandes aires géographiques, puis un recentrage pays par pays et enfin les régions toujours regroupées par aires cohérentes.

- mais non il faut les mettre dans l’ordre alphabétique, c’est ça qui est logique !

Là la moutarde me monte au nez et la lassitude me gagne, quand j’ai une bonne idée sournoise qui me traverse l’esprit :

--Eh bien si vous pensez que cela n’est pas logique et qu’il convient de la modifier je vous propose de faire part de vos critiques directement à son auteur afin de faire évoluer la situation. Vous pouvez lui envoyer un mail il s’appelle Melvil Dewey il est très connu aux Etats Unis, et si vous faites une recherche sur Google vous allez rapidement tomber sur son site….

J’espère que les explications de wikipedia lui l’auront mieux convaincue que moi, et que sinon ce brave Melvil aura répondu a ses questions ;-)) dommage à l’époque nos collègues de couv ill en coul (http://couvillencoul.wordpress.com/) n’existaient pas sans cela je n’aurais pas manqué de la renvoyer vers ce site.

samedi 23 février 2008

Tranches de vie : V’là l’printemps


Ils sont jeunes et beaux et ils sont amoureux…mais surtout ils sont dans nos murs et ça sent le printemps. Un fauteuil accueillant prévu pour un humain unique en abrite deux de sexes différents mais apparemment pas si opposés que cela. Les bouches se frôlent, se rencontrent et se happent goulument, mais bon c’est l’amour, donc je suis d’humeur tolérante et les souvenirs (pas si lointains ?) de mon adolescence remontent à la surface, difficile de se trouver un peu d’intimité et difficile aussi de dompter les poussées hormonales, tout ceci m’invite à la clémence.

Tout d’un coup une main s’égaye puis disparaît…bon mon indulgence a des limites et nous y sommes !

Je prends mon air d’adulte revêche, à faire peur autant avoir vraiment l’air d’un croquemitaine, et je m’avance vers eux réclamant un peu de « correction et de décence », après tout nous sommes dans un lieu public.

La situation se redresse, les bouches s’éloignent, les mains refont surface, et l’embellie dure au moins deux bonnes minutes !

De nouveau les bouches entrent en contact étroit, les mains s’égayent dans une ronde poétique et amoureuse, et de nouveau une d’entre elles vient à manquer à l’appel…

De nouveau je prends mon air de croquemitaine accompagné de l’œil qui tue et je les chasse du fauteuil accueillant, à regrets…après tout c’est le printemps !

mardi 22 janvier 2008

Le bibliothécaire ne s'use que si on ne s'en sert pas

le bibliothécaire est comme l'intelligence il ne s'use que si on ne s'en sert pas...enfin vu de ma cour.
Vu de la cour des usagers il s'use à 93% puisque parmi les fréquentants (du temps de ma grand-mère quand on fréquentait c'était un peu plus folichon qu'à la BM, quoique...) ne posent jamais de questions. A ces 93% s'ajoutent les non fréquentants....que je n'ose chiffrer là sans cela autant quitter le métier de suite!

Bonne nouvelle: les féquentants assidus, les inscrits, lorsqu'ils "possédent les codes" osent se frotter au bibliothécaire. D'un contact censé ne pas être rugueux, voir même enrichisant à l'occasion, le bibliothécaire est donc nettement moins fréquenté que les lieux dans lesquels il régne en maître.

Pour ma part j'ai une théorie, farfelue cela va sans dire, j'ai souvenance d'avoir poussées les portes de bibliothèques qui abritaient en leurs seins des êtres pourvus de chignons, vêtues de sacs à patates qui furent au Moyen-Age des tailleurs, sentant parfois le renfermé, êtres d'un autre temps que je n'osais déranger de peur qu'ils ne tombent en lambeaux.

Quant à moi je ne porte JAMAIS de chignon au travail, souvent un baggy, imanquablement un décolleté à faire pâlir un séminariste, et j'enbaume généralement le datura noir. Je me souviens d'un vénérable conservateur de BM classée, qui recevait pour la première fois la collègue directrice de petite BM que j'étais, et qui me voyant dans son hall d'accueil m'a toisée de pied en cap pour me signaler en suite que les locaux n'étaient pas ouverts au public. Je me souviens aussi de sa tête lorsque j'ai dégaîné d'un ton aimable et souriant mon pédigré et ma position, je fus toisée une seconde fois et mis fort longtemps à acquérir un temps soit peu de crédibilité à ses yeux.

Le public n'aborde à mon humble avis qu'un bibliothécaire souriant, l'oeil baguenaudant dans les rayons (ne pas avoir l'air occupé tout en l'étant) et qui lui ressemble un tant soit peu du point de vue vestimentaire (ou du moins n'ayant pas l'air d'un autre âge). Je ne suis pas une fashion victim (plutôt une techno victim ou apprentie geekette), et je ne suis pas un top model, ce ci dit outre mes decolletés légendaires je ne me départis jamais de mon sourire dans les rayons, c'est ma seule arme mais elle est redoutable!

vendredi 2 novembre 2007

« Ah, non on fait pas ça nous…. »

Je plante le décor : une bibliothèque comme il en existe des milliers, la conversation se déroule en français mais aurait pu se produire dans n’importe qu’elle langue, enfin non justement pas en anglais.
Le lecteur s’avance vers la banque de renseignement et interroge le collègue en poste :
« - bonjour, pourriez vous m’indiquer où se trouve le dernier Barbara Cartland (si, si depuis l’au-delà elle n’a de cesse d’écrire)/ Paul Anka (revisitant « smeel like teen spirit », un pur carnage)/ « Prince of Persia »/ numéro de « 20 ans »/ etc… ? »
Le collègue :
« - ah, non on fait pas ça nous… » (lire « ça » avec tout le dédain du monde)
Et le lecteur de repartir avec la queue entre les jambes et bien trop honte pour demander pourquoi « ça » ne se fait pas.

Certains diront que j’exagère, et je leur réponds que j’aimerais, parce que ce que je raconte je l’ai vu, cette scène j’en ai été le témoin. Bien sûr ce n’est pas la règle, ni la généralité des réponses. D’abord parce que Dieu merci, et à titre purement personnel tous les lecteurs ne demandent pas du Paul Anka (ouf !). Ensuite parce qu’en période de baisse des prêts cette réponse démontre clairement que le bon sens n’est pas du côté du collègue. Mais par-dessus tout parce que quels que puissent être les goûts et les dégoûts de nos lecteurs rien ne nous autorise à leur asséner notre mépris pour ces derniers.

Quelle est la bonne réponse, si jamais bonne réponse il y a, c’est de dire qu’on n’a pas ce titre là, cet artiste là mais qu’on a quelque chose dans le même genre et qui plaira probablement…et vite se creuser les méninges pour trouver l’auteur, l’artiste, le jeu, le film ou la revue qui peut être susceptible de convenir au lecteur…lequel repartira sûrement avec la banane, et reviendra peut être avec de nouveaux goûts et des horizons enrichis.

… ah oui vous vous demandez peut être pourquoi la conversation ne peut pas avoir lieu en anglais…parce que chez eux « ça » se fait, sans préjugé, sans dédain…question subsidiaire quelles sont leurs statistiques de prêt et les taux de satisfaction de leurs usagers ? Allez un petit effort d’imagination !

samedi 13 octobre 2007

t'es quoi, thécaire!

Un grand débat a débuté il y a vingt ans en bibliothèques et perdure toujours, renouvellé de temps en temps par de nouveaux venus, tempête dans les têtes!

Quel sujet peut avoir tant d'importance pour pouvoir agiter toute ou partie de la profession? Dégonflons le ballon de baudruche de suite et faisons rire dans les chaumières je m'en vais vous conter la petite histoire....Bibliothèque: du grec biblion, livre et thêkê armoire, en bref l'armoire à livre, jusqu'ici tout va bien aurait dit l'autre!

Les ennuis commencent il y a un peu plus de vingt ans en France avec l'introduction d'un intrus dans la basse cour: le disque!Et c'est là que les athéniens athénierent, parce que antiphonères, incunables, in folio, in quarto et revues c'est encore du livre techniquement parlant....mais le disque n'est plus du livre! Quid du métier de bibliothécaire dans lequel les collègues en charge des disques ne se reconnaissent plus! Eux n'en sont pas des bibliothécaires, seulement sur une feuille de salaire ou une déclaration quelconque d'identité il faut bien un nom de métier...on ruse et on feinte, on est un fonctionnaire de la culture, on travaille en bibliothèque, "oh mais tu es bibliothécaire alors!", non pas vraiment!

En effet, si les tenants du livre regardaient parfois de haut ces nouveaux venus qui faisaient de la "tête de gondole" ou du "produit d'appel", les nouveaux venus eux regardaient amusés les anciens en leur montrant leurs statistiques de prêt et de taux de rotation des documents, eux faisaient du "chiffre" là où les autres ne pouvaient pas en dire autant. Ces derniers se défendaient, eux faisaient dans la "qualité d'un produit culturel destiné au savoir et non à la distraction" (sic!).

Bien sûr il ne faut pas généraliser, les deux camps n'ont pas fait règner en maître la guerre des tranchées, il y a eu nombre de bibliothèques où la cohabitation s'est bien passée....enfin non ce ne pouvaient plus être des bibliothèques!Et oui non seulement le nom professionnel des collègues n'était plus bon, mais le nom du lieu non plus....tardivement on a commencé à parler des discothécaires et de discothèques (à ne pas confondre avec les autres, celles qui ouvrent la nuit).

Affaire classée? Pas si évident.De nouveaux empêcheurs de bibliothéquer en rond sont apparus avec les CDRoms, les VHS...quels noms? Comment rebaptiser les lieux? Vidéothécaires?Vidéothèque? pas si évident: CDRomsthécaires? Non celui-là n'existe pas...Le débat venait juste d'être lancé que la question d'Internet et des services en ligne s'est posée, médiathécaire, médiathèque...ce dernier terme a remporté la mise.

Mais de temps en temps on assiste à des renouveaux du débat:"t'es quoi toi comme thécaire?", à cette question je réponds au profane que je suis bibliothécaire, sinon dans les milieux professionnels je réponds que je suis une thécaire, je mélange livres, revues, disques, CDRoms, DVD, Internet et services en ligne...Pourquoi? Parce que le savoir et le loisir sont multiformes, parce que tous permettent de répondre aux demandes des lecteurs et parce que je n'ai pas de temps à perdre à savoir ce que je suis, le temps que j'ai je veux le passer à faire que plus de monde envahisse les médiathèques et que tous ceux qui viennent en sortent avec la banane et des documents. Tout simplement.

Bienvenue

Voilà maintenant quelques années que je travaille en bibliothèque, pas assez pour être une vieille briscarde mais suffisamant pour savoir maintenant que c'est un univers de folie douce. Quelques années de cela j'ai franchi la porte d'une belle endormie, mes yeux sont d'abord trouvés confrontés à l'archétype de la bibliothécaire comme on en voit désormais plus que dans les musées et les livres: chignon flagada, peau luisante de crème, maquillage qui se voulait discret mais...râté!

J'ai bien fait de persister, le vieux dicton avait bien raison il faut se méfier de l'eau qui dort! Fi de la naphtaline et de l'encaustique, fi du chignon, du vieux chat et des habits datés du crétacé. Les bibliothèques sont des univers de folies douces, multiples, étranges, plus ou moins sympathiques, plus ou moins sérieuses, mais jamais ennuyeuses et compassées. Toujours en évolution, parfois en révolution, souvent déchirées par des débats passionnés qui semblent n'intéresser que quelques illuminés, les bibliothèques sont des univers parallèles, parfois proches de la 4ème dimension, qui ressemblent étrangement à des fourmillières.

Ce sont ces univers rock'n' roll et ces débats endiablés que je veux faire connaître pour que les lecteurs cessent de croire que les bibliothèques ne sont que des univers lisses et policès, un peu comme des bulles hors du temps...alors chaussez vos binocles d'entomologistes et passez la porte de la bibliothèque la plus proche, vous serez sans doute surpris par ce que vous allez découvrir.


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