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mardi 1 juillet 2008

Musique

J'ai assisté, dans le cadre des rencontres territoriales de la culture, à un atelier concernant les relations entre la musique et l'économie. L'intitulé exact était : « l'économie de la musique aujourd'hui : quels acteurs ? », avec pour participants : Gilles Castagnac, directeur du centre d'information et de ressources spécialisées pour les musiques actuelles; Patricia Coler, coordinatrice pour l'union fédérale d'intervention des structures culturelles; Laurent Roturier, directeur général adjoint aux affaires culturelles à la communauté d'agglomération d'Annecy, et Thierry Danet, responsable de la laiterie à Strasbourg. Solidarité territoriale oblige je porte à votre attention que cet atelier a été mis en place et animé par deux camarades de promo : Alexandre et Tristan, vive les territoriaux !


L'intervention de Gilles Castagnac a permis de préciser les modèles économiques de la musique, laquelle est en mutation, tout en précisant que ces modèles, eux-mêmes en mutation, dépassaient largement le simple cadre de la musique et marquent l'entrée dans le champ culturel de la société d'information. Il relève quatre tendances principales :

le modèle du flux avec la prédominance de l’aval sur l'amont (la promotion sur la création),

le modèle imposé par les nouveaux opérateurs dominants qui est à la fois plus innovant et plus formatant et par ailleurs concentré sur les outils technologiques que ces opérateurs développent,

le modèle de la convergence qui est un peu similaire au modèle de la gratuité et qui, à terme, affirme économiquement que tout ce qui peut être copié ne sera plus acheté,

et enfin un modèle de développement de nouvelles formes d'échanges via les réseaux sociaux et la recommandation.

Ces quatre modèles pèsent sur l'économie de la musique que ce soit au niveau global comme au niveau local.


Par ailleurs il a précisé la spécificité des musiques dites actuelles, qui sont les premières à connaître cette mutation économique, en raison de leur spécificité numérique, ce qui fait qu'elles sont incluses dans le marché mais que c'est aussi le marché qui les produit (le rock et le 45 tours sont étroitement liés). Ces musiques actuelles sont situées dans le domaine de l'entreprendre et du projet, et les groupes sont des marques, dont la promotion et la carrière sont gérées par des managers. Il a par ailleurs développé une longue explication sur la relation entre les pratiques amateurs et le dépassement actuel du clivage amateur-professionnel dans le contexte des musiques actuelles, mais également de l'industrie culturelle.


Enfin il a longuement développé le déroulement et les conclusions de la concertation nationale pour le développement territorial des musiques actuelles, qui a réuni tous les acteurs de ce secteur (privé et public, locaux et nationaux) en 2005. Montrant comment cette concertation pointait la spécificité économique des musiques actuelles et un principe sous-jacent, à savoir que les modèles habituels de politique culturelle ne sont pas adaptés à ce domaine. Cette concertation a posé comme base le principe de co-construction des politiques publiques à travers un dialogue entre tous les acteurs. Cette concertation traduit une volonté consensuelle et un comportement rénovateur de l'action publique, à travers l'abandon de la compensation au profit de la rénovation et de l'invention de nouvelles formes d'intervention. Il enfin montré trois formes de relations étroites entre économie et musique faisant intervenir différents acteurs : le soutien de certaines régions à la musique enregistrée et aux entreprises de musique qui mettent en place des plates-formes numériques; le soutien à une association qui permet aux jeunes entrepreneurs de la musique de trouver des locaux à travers des loyers modérés insérés dans un quartier en déprise, ce qui a permis à ce quartier de se trouver revivifié par cette implantation; et enfin l'intégration du soutien aux musiques actuelles dans l'évaluation de certaines politiques territoriales, afin de bénéficier d'aides.






Laurent Roturier a choisi de mettre en valeur la notion de partage de la richesse à travers les relations entre l'économie et la musique du point de vue territorial. Il a commencé par rappeler que l'économiste Keynes écrivait qu'en 2030 ou 2040 le problème économique serait résolu et que l'on pourrait s'adonner à la culture, soulignant qu'il nous restait encore quelques années pour agir ;-)).

Soulignant que nous sommes dans un monde d'économie ouverte, c'est-à-dire de concurrence, y compris pour les territoires et les collectivités, et jusque dans le domaine de la culture, il précise que l'analyse des retombées économiques de la musique est difficile, et souvent réduit à l'angle des entreprises culturelles. Il plaide pour que soit assumée la dimension économique de la culture et souligne que la convention de l'Unesco concernant la culture rappelle le lien entre culture et développement dans son article deux qui en souligne la complémentarité. Il rappelle par ailleurs la fracture entre culture populaire, ayant une forte valeur économique, et la culture savante qui a une valeur économique moins forte. Il souligne l'hésitation entre coopération et compétition comme tend à le faire penser la lecture du règlement de candidature des collectivités pour devenir capital européenne de la culture. La co-construction est le modèle historique récent du développement de la culture.

Les agglomérations ont la compétence de développement économique et doivent donc être des acteurs structurants dans ce domaine, par ailleurs les collectivités territoriales sont les premiers financeurs de la culture avec 5 milliards d'euros, pour mémoire le Ministère de la Culture y consacre moins de 3 milliards d'euros. Les SMACS sont à ce carrefour de la complexité politique, technique, et financière du secteur musical, mais sont en même temps les lieux les plus ouverts en termes d'accès, d'enjeu social et de relations économiques.




Patricia Coler souligne la réflexion collective sur l'économie qu'il a lieu dans cette union interprofessionnelle de la culture (UFISC....sans commentaire!), qui se donne pour mission d'observer, de réfléchir et de construire des réponses. Cette union s'engage dans la diversité culturelle en proposant un autre modèle que celui de la dualité marché-politique publique, pour un modèle avec trois participants qui aboutiraient à une économie d'initiative privée non lucrative sociale et solidaire. Cette réflexion a débutée avec la notion de fiscalité, notamment concernant les musiques actuelles longtemps considérées comme des entreprises non lucratives, ce qui a été remis en cause à travers l'imposition de la TVA, mais aussi sur ce qui fait la différence avec un secteur concurrentiel. L’ UFISC réfléchit notamment à l'implication des acteurs du monde associatif mais aussi sur l'inscription dans un développement local et durable, ou encore sur la spécificité des pratiques innovantes et de développement mais aussi des valeurs d'autonomie, de diversité et de solidarité de ce secteur. Il s'agit, en lien avec des chercheurs, d'aboutir à la production d'un manifeste pour une autre économie de l'art et de la culture : une économie plurielle avec des financements hybrides et des échanges non monétaires, une économie dont les valeurs seraient axées sur son mode de gouvernance, le rôle central de la personne, la coopération, la proximité et l'innovation.




Thierry Danet a partagée son expérience à la laiterie, créée en 1994 par la ville de Stasbourg, cette scène a un mode de fonctionnement particulier : la ville a recherché un opérateur associatif, à travers un cahier des charges, pour une mise à disposition de l'outil sans subventions. À travers une première association le projet a été pris, avec initialement l'ide d'obtenir malgré tout des subventions, une deuxième association a été mise en œuvre afin d'assurer deux festivals associés. Le but était d'obtenir une inscription du projet dans la durée, ce qui est le cas, et surtout le mode de fonctionnement de la structure ne repose que pour 30 % sur des financements publics (si ça c'est pas un exploit je veux bien qu'on me dise ce que c'est!). Il redoute le désengagement de l'État et souligne le fait que les acteurs de tels projets sont au cœur des politiques culturelles sans forcément en avoir conscience et qu'il y a une difficulté à intégrer ces dimensions partenariales et économiques inscrites dans le temps, alors que le marché les intègre.




Bref un atelier passionnant! Dont le compte rendu détaillé sera bientôt en ligne sur le site de l'INET, comme celui de l'année précédente, avec tous les autres ateliers. Je ne voudrais pas donner dans le "chauvinisme" mais la territoriale a vraiment l'art de mettre en œuvre des formations ou des rencontres passionnantes...c'est la "petite fonction publique qui n'a pas fini de monter".

vendredi 4 janvier 2008

Formation vous avez dit formation

La nouvelle est tombée des téléscripteurs aurait dit l'autre, si seulement la formation en bibliothèques avait des chances d'intéresser les médias autres que professionnels: la formation en bibliothèques devrait se réduire à une peau de chagrin, j'en veux pour argument le passage de 120 jours de Formation Avant Titularisation (FAT) "de mon temps" (je me fais l'impression d'être entrée dans le 3ème âge en écrivant cela) à environ 10 jours...120-10, je pense que l'on peut parler de coupe sombre.

Je ne suis pas la mieux placée pour dire qu'il faut défendre à tout prix les 120 jours de ce qu'il convient de nommer d'ores et déjà "l'ancien temps", en effet tout au long de ma formation je me suis plutôt ennuyée ferme, mais on avait oublié de me dire qu'il valait mieux ne pas avoir lu les éditions du Cercle de la Librairie avant, puisqu'on allait nous les lire pendant (je suis un peu dure mais j'exagère à peine). Cependant j'ai eu l'occasion d'apprécier de rencontrer et échanger avec des ingénieurs, qui vous aident à vérifier les plans que vous transmet un architecte sans y ajouter un seul commentaire pensant que c'est déjà bien beau qu'on daigne vous informer, j'ai trouvé géniaux les stages informatiques, marchés publics (oui je sais je devrais consulter!) et merveilleux certains stages de management. Finalement il n'y a que les stages de bibliothéconomie qui ne m'ont pas passionnée (dois-je envisager une réorientation professionnelle?), mais ce n'est pas parce que je n'y ai pas trouvé mon compte que je me rallierai au camp de ceux qui veulent raccourcir la formation.

Elle est utile, nécessaire et à repenser, alors si on pense qu'elle ne fonctionne pas pourquoi se jetter sur la solution de facilité comme la vérole sur le bas clergé breton, et ne pas plutôt la repenser, réformer...bref ne pas jetter le bébé avec l'eau du bain.