Bon je ne suis pas à une contradiction près, soyons honnête, mais là je dois avouer que je suis en train d’exploser mon propre record dans ce domaine. Je refuse catégoriquement d’emprunter les caisses automatiques sans caissières dans les supermarchés, mais emprunte très régulièrement la borne d’achat des billets de train (que celui qui n’a jamais vu la queue au guichet gare de Lyon me jette la première pierre), m’oppose totalement aux bornes de passage de commande dans ces hauts lieux de la gastronome américaine que je refuse de citer, et le plus souvent d’emprunter ! Mais je suis pour en bibliothèques.
J’entends déjà les cris d’horreur de mes collègues, que j’entends souvent en direct live tout droit dans mes oreilles, qui après des années d’usage intensif du baladeur bourré de hard rock et poussé à fond les ballons, mes oreilles donc qui bientôt n’entendrons plus rien.
« Quoi mais c’est la mort de notre métier ! », « tu donnes dans la mondialisation ! » « Tu prêches pour la disparition des catégories C », et je vous passe les divers noms d’oiseaux que je me suis vu attribuer au passage.
Outre un penchant naturel pour la provocation, dans le seul but de bousculer le prêt à penser environnant, d’autres arguments me font pencher dans le sens de l’automatisation. D’abord force nous est de constater que de plus en plus de nos collègues de catégorie C ont fait des études ou ont su développer des compétences dans tels ou tels domaines, lesquelles compétences sont rarement optimisées aux postes de prêt-retour ou rangement.
Par ailleurs je reste encore assez peu convaincue, (qui parle d’euphémisme ?), par l’intérêt des missions de prêt ou de retour pour un être humain normalement constitué. Bien entendu c’est au moment du retour que le lecteur partage ses impressions avec l’être humain en poste, chose plus mal aisée avec un automate (encore que moi je cause régulièrement avec mon ordi et mon blackberry qui tous eux se nomment Aldebert, ma voiture elle se nomme Caroline dite Titine). Néanmoins je suis intimement convaincue qu’il est tout aussi facile de dialoguer avec l’être humain redéployé, si vous me passez l’expression, dans les rayons à la recherche du lecteur en manque de dialogue ou à l’œil vague devant son rayonnage.
Bien entendu cela présuppose que nos collègues de catégorie C, (mais pas qu’eux !), se remettent en cause sur les fondamentaux de leurs missions pour se recentrer vers un service qui mette moins à contribution ses automatismes (bonjour, bip, chtonk, ce sera à rendre pour le …, au revoir et merci), pour faire appel à des trésors de compétence qu’ils cachent parfois et qui sont le plus souvent inexploités.
Mes collègues me disent souvent que ce faisant je vais dans le sens d’une baisse des emplois en bibliothèques, non je crois au redéploiement de ces postes, mais je ne me leurre pas, nous avons pour la plupart fait le constat d’ouverture de nouvelles structures avec un nombre de postes insuffisants, de congés maternité non remplacés, de concentration des postes. Je ne vais pas dans le sens de…mais je ne vais pas à contresens non plus. Pas parce que je n’ai pas l’esprit combatif mais parce que bien que non économiste je sais fort bien que si l’Etat poursuit sa décentralisation qui n’en est pas une (les missions sans les moyens) il nous faudra subir de plein fouet ce phénomène.
Parce que je pense que si le lecteur s’habitue au service sur mesure, au conseil in situ, alors nos autorités de tutelle n’auront guère d’autre choix que de maintenir ces postes devenus si précieux….calculatrice ? Non ! Prévoyante ? Seul l’avenir le dira.