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mercredi 5 mars 2008

Paradoxe quand tu nous tiens


Bon je ne suis pas à une contradiction près, soyons honnête, mais là je dois avouer que je suis en train d’exploser mon propre record dans ce domaine. Je refuse catégoriquement d’emprunter les caisses automatiques sans caissières dans les supermarchés, mais emprunte très régulièrement la borne d’achat des billets de train (que celui qui n’a jamais vu la queue au guichet gare de Lyon me jette la première pierre), m’oppose totalement aux bornes de passage de commande dans ces hauts lieux de la gastronome américaine que je refuse de citer, et le plus souvent d’emprunter ! Mais je suis pour en bibliothèques.

J’entends déjà les cris d’horreur de mes collègues, que j’entends souvent en direct live tout droit dans mes oreilles, qui après des années d’usage intensif du baladeur bourré de hard rock et poussé à fond les ballons, mes oreilles donc qui bientôt n’entendrons plus rien.

« Quoi mais c’est la mort de notre métier ! », « tu donnes dans la mondialisation ! » « Tu prêches pour la disparition des catégories C », et je vous passe les divers noms d’oiseaux que je me suis vu attribuer au passage.

Outre un penchant naturel pour la provocation, dans le seul but de bousculer le prêt à penser environnant, d’autres arguments me font pencher dans le sens de l’automatisation. D’abord force nous est de constater que de plus en plus de nos collègues de catégorie C ont fait des études ou ont su développer des compétences dans tels ou tels domaines, lesquelles compétences sont rarement optimisées aux postes de prêt-retour ou rangement.

Par ailleurs je reste encore assez peu convaincue, (qui parle d’euphémisme ?), par l’intérêt des missions de prêt ou de retour pour un être humain normalement constitué. Bien entendu c’est au moment du retour que le lecteur partage ses impressions avec l’être humain en poste, chose plus mal aisée avec un automate (encore que moi je cause régulièrement avec mon ordi et mon blackberry qui tous eux se nomment Aldebert, ma voiture elle se nomme Caroline dite Titine). Néanmoins je suis intimement convaincue qu’il est tout aussi facile de dialoguer avec l’être humain redéployé, si vous me passez l’expression, dans les rayons à la recherche du lecteur en manque de dialogue ou à l’œil vague devant son rayonnage.

Bien entendu cela présuppose que nos collègues de catégorie C, (mais pas qu’eux !), se remettent en cause sur les fondamentaux de leurs missions pour se recentrer vers un service qui mette moins à contribution ses automatismes (bonjour, bip, chtonk, ce sera à rendre pour le …, au revoir et merci), pour faire appel à des trésors de compétence qu’ils cachent parfois et qui sont le plus souvent inexploités.

Mes collègues me disent souvent que ce faisant je vais dans le sens d’une baisse des emplois en bibliothèques, non je crois au redéploiement de ces postes, mais je ne me leurre pas, nous avons pour la plupart fait le constat d’ouverture de nouvelles structures avec un nombre de postes insuffisants, de congés maternité non remplacés, de concentration des postes. Je ne vais pas dans le sens de…mais je ne vais pas à contresens non plus. Pas parce que je n’ai pas l’esprit combatif mais parce que bien que non économiste je sais fort bien que si l’Etat poursuit sa décentralisation qui n’en est pas une (les missions sans les moyens) il nous faudra subir de plein fouet ce phénomène.

Parce que je pense que si le lecteur s’habitue au service sur mesure, au conseil in situ, alors nos autorités de tutelle n’auront guère d’autre choix que de maintenir ces postes devenus si précieux….calculatrice ? Non ! Prévoyante ? Seul l’avenir le dira.

jeudi 28 février 2008

Tranches de vie : la contrariée de la Dewey


La collègue arrive découragée et excédée et me dit tout de go :

- Y’en a une pour vous, du genre casse-pieds, qui veut à tout prix savoir pourquoi on classe les guides de voyage, comme on le fait et qui veut rien entendre à mes explications.

Bon vu que je suis la directrice j’ai supposé un jour que c’était à moi de me confronter aux casse pieds et donc je les récupère tous. J’abandonne la douce chaleur du service interne pour plonger dans les turpitudes du service public, rayon guides de voyages.

Je prends ma voix de VRP de charme de la lecture publique pour aborder la dame en question :

- Ma collègue m’a informée du fait que vous aviez une question à laquelle sa réponse ne semblait pas vous apporter satisfaction, que puis-je faire pour vous ?"

- bien voilà je ne comprends pas pourquoi vous rangez les livres dans cet ordre là, c’est pas logique.

- eh bien nous classons les livres selon un ordre défini dans une classification qui s’appelle Dewey, qui est utilisée dans de nombreuses bibliothèques en France et dans le monde. Bien entendu tout classement est arbitraire, j’en conviens et conçois aisément que cela puisse vous paraître illogique aussi je me propose de vous aider dans votre recherche.

- ah non mais je n’ai pas besoin d’aide, je continue de penser que c’est illogique et je me demande pourquoi vous persistez à classer les livres ainsi alors que vous-même vous reconnaissez que cela peut être imparfait.

- Comme je vous l’ai indiqué nous appliquons une méthode de classification qui s’appelle Dewey et qui est couramment usitée en bibliothèques, en choisissant cette classification il est logique de l’appliquer sur l’ensemble de nos collections, donc sur les guides de voyage. Voyez-vous ?

- non franchement je ne comprends pas pourquoi vous appliquez un classement arbitraire

- mais madame tout classement est arbitraire, nous choisissons juste celui qui paraît le moins difficile d’accès pour les usagers.

- mais franchement celui là n’a pas du tout de logique.

- si, voyez-vous la logique est géographique : d’abord les grandes aires géographiques, puis un recentrage pays par pays et enfin les régions toujours regroupées par aires cohérentes.

- mais non il faut les mettre dans l’ordre alphabétique, c’est ça qui est logique !

Là la moutarde me monte au nez et la lassitude me gagne, quand j’ai une bonne idée sournoise qui me traverse l’esprit :

--Eh bien si vous pensez que cela n’est pas logique et qu’il convient de la modifier je vous propose de faire part de vos critiques directement à son auteur afin de faire évoluer la situation. Vous pouvez lui envoyer un mail il s’appelle Melvil Dewey il est très connu aux Etats Unis, et si vous faites une recherche sur Google vous allez rapidement tomber sur son site….

J’espère que les explications de wikipedia lui l’auront mieux convaincue que moi, et que sinon ce brave Melvil aura répondu a ses questions ;-)) dommage à l’époque nos collègues de couv ill en coul (http://couvillencoul.wordpress.com/) n’existaient pas sans cela je n’aurais pas manqué de la renvoyer vers ce site.

lundi 18 février 2008

Tranches de vie : les pages économiques du Figaro,siouplaît m’dame

Je plante le décor : une petite bibliothèque en ZUS, en plein cœur de la ZUS, avec parfois un public primo arrivant, parfois en cours d’alphabétisation, et en tous cas censé être « difficile », comme on dit pudiquement, mais qui de fait ne l’est pas en la circonstance. Il a environ huit-dix ans, il est manifestement pas BBR (lire Bleu Blanc Rouge comme dans certaines annonces pour des emplois) mais plutôt un superbe exemple de ce que la mixité a de bon et beau, et s’active l’air perdu au niveau des périodiques. Comme il n’a pas l’air de trouver ce qu’il cherche au bout de deux minutes je viens à son secours :

- "tu cherches quelque chose de précis?"

- "Oui, les pages économiques du Figaro, tu les as soiuplaît m’dame"

- "…. ? (instant de nette perplexité) ce sont les pages économiques du Figaro que tu cherches, elles sont là, tu cherches quelque chose de particulier ? un article ?"

- "Non juste les pages économiques du Figaro, je veux les lire."

- "Tu sais les pages économiques du Figaro c’est pas forcément super facile à lire donc si tu as un petit souci pour comprendre un mot ou une phrase n’hésites pas à venir me demander, OK ?"

- "D’accord merci m’dame"

Il n’est jamais venu me demander d’explication ou d’aide tout au long de sa lecture scrupuleuse des pages économiques du Figaro, moi je suis sûre qu’il m’aurait fallu un dictionnaire tôt ou tard pour comprendre une paire d’articles…il va falloir que je révise mes préjugés ou mieux que je m’en débarrasse au plus vite, d’autant que moi aussi je viens de la ZUS.

mardi 5 février 2008

Galerie de portraits: bienvenue

Et ben voilà j'ai décidé d'inaugurer une nouvelle rubrique: la galerie de portraits (ce qui bien sûr je viens de le réaliser va m'obliger à bidouiller le code HTML de ce blog pour la créer donc rendez-vous dans un an pour le prochain post!!! Ah si seulement j'avais pris option informatique au collège au lieu de baguenauder au gré de mes hormones), et bien sûr il vous faudra deviner s'il s'agit de collègues ou d'usagers....et oui sinon c'est pas drôle!
Enfin ceci ne concerne que les quelques internautes qui par pur désoeuvrement me font le plaisir et l'honneur de consulter cette page (c'est-à-dire ceux qui n'ont rien de mieux à faire pendant le sévice au public).

Bienvenue:
Les épaules voutées, le regard vague, ou plutôt tentant desespérement d'hypnotiser l'écran de veille de son ordinateur, elle est assise et semble ne plus rien attendre de rien.
Le combat est inégal et l'écran gagne à chaque fois, la plongeant dans des abîmes...de néant. Elle porte sur ses minces épaules tout le poids du monde qui l'accable ou tout l'ennui de la Création, on ne peux trancher d'un simple regard.
S'il y avait un concours de la vacuité d'esprit, tant célébrée par les moines bouddhistes zen, elle le remporterait. Je ne peux m'empêcher de ressentir une profonde peine en la regardant, je crois d'ailleurs que je ne suis pas la seule. Le pli amer de sa bouche, la tristesse et l'inexpressivité de son regard sont tout à la fois touchants et crispants, je suis partagée entre l'envie de la secouer pour la sortir de son sommeil, la ramener à la réalité de ce pour quoi elle est là et celle de la laisser dans son monde de peur de reveiller des blessures secrètes.
Ses épaules voutées, sa posture avachie sur elle même et son dos sont la première chose que le lecteur qui passe par là apercevra....
bienvenue à la bibliothèque!

PS: comme vous l'aviez bien sûr compris il s'agit de portraits de collègues ou lecteurs que j'ai croisés soit en tant que collègues, soit en tant que lectrice, et le plus souvent il s'agit d'une compilation de plusieurs individus, donc inutile d'essayer de donner des noms ou des identifiants....